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Sociologie des Halles de Paris

 
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Jamal Es samri



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MessagePosté le: Mardi 07 Novembre 2006, 13:45    Sujet du message: Sociologie des Halles de Paris Répondre en citant

Sociologie des Halles de Paris

Populaire. Toute une mythologie parisienne témoigne du caractère populaire du quartier . Il a été le « ventre de Paris » pendant huit siècles. Les Halles sont, sans doute, un des plus vieux quartier de Paris (XIIe siècle), un des plus malmenés aussi, et pourtant le plus constamment populaire. D’ailleurs, comme l’avait vu Zola, la dénomination de « ventre de Paris » renvoie à tout un champ lexical où le matérialisme vulgaire domine. Tumulte perpétuel, odeur de « bouffe », fruits, légumes, « bidoche », « mangeaille », sueur des pauvres, mêlées humaines …, toute une vitalité primordiale et archaïque, qui s’oppose au lisse, à l’aseptisé de nos temps postmodernes. Une des expressions de ce caractère populaire est la tolérance à la « marge » du lieu. L’étude des Halles révèle la présence continue de la marginalité, en dépit des mutations qu’ont connues le quartier, et ce depuis huit siècles. Cette présence se traduisait au Moyen âge par la l’existence de mendiants, voleurs, prostitués ; présence qui déborde dans le cimetière des Innocents, en même temps que les activités du marchés. Au Moyen âge, le cimetière des innocents faisait l’objet d’une appropriation publique et populaire. Il était à la fois un lieu de marché, de rassemblement et de débauche, malgré tous les efforts des autorités pour expulser les activités commerciales de l’enceinte sacrée. Ajoutons à cela, la proximité de la cours des miracles, située entre les rues Montorgueil, Saint-Sauveur et le couvent des Filles-Dieu . Mais « la marginalité du quartier des Halles ne se limitent pas à la cour des miracles et aux activités illicites présentes dans le cimetière des Innocents : elle s’étend également à la prostitution, présente aux alentours de la rue Saint-Denis pendant toute la période. » Ces activités, surtout le vagabondage et la prostitution, perdureront tout au long des siècles. Au XVII e siècle, le quartier est entouré de rue « chaudes » : à l’est, les rue du Renard, Beaubourg, Simon-le-Franc, la rue Brisemiche, qui donne sur le cloître de l’église Saint-merry, et la rue Quincampoix « que le peuple appelle la rue des cocus ». Au nord, la rue Percée et la rue Huleu qui donnent sur la rue Saint-Denis. A l’ouest, de nombreuses rues transversales à la rue Saint-Honoré. A la fin du XVIII e siècle, Louis-Sébastien Mercier remarquait que sous les piliers des Halles, « les mouchards attendent les escrocs, qui arrivent pour y vendre des mouchoirs, serviettes et autres effets volés.» Aujourd’hui, les tire-laine, les larrons et les gueux se sont transformés en dealers et en SDF, les maisons de tolérance en sex-shops. Le lieux est également le point de convergence de jeunes venant de toutes la banlieue parisienne, où « cette jeunesse vient voir et se faire voir dans un espace symbolique de la société de consommation. » Tandis que le « forum » est le lieu qui attire une population de jeune « zoneurs », âgés de 15 à 20 ans, en état d’errance permanente. Tout cela montre que les divers réaménagements n’ont pas réussi à éradiquer les marginaux de ce lieu emblématique. Mais plus encore, le caractère populaire se manifesta de manière bien moins paisible. Ce quartier fut au centre de tous les troubles sociaux (manifestations, émeutes, coups de main, soulèvements, insurrections) que connut la capitale française - dont aucune capitale ne put en revendiquer de semblable. Les Halles furent un lieu-dit de la « géographie » de la fièvre sociale qui n’a cessé de toucher Paris, tout particulièrement au XIXe siècle. « Le Paris rouge préindustriel, celui des années 1830, c’est le cœur de la ville ancienne, un quadrilatère limité par les tuileries, la Bastille, les Boulevards et la Seine. La zone des grandes tempêtes est plus restreinte encore, centrée sur la partie basse des rues Saint-Denis et Saint-Martin, où les quartiers ont gardé leur nom médiéval, depuis les Marchés, c’est-à-dire les Halles, jusqu’aux Arcis autour, de l’Hôtel de Ville. Ce sont les mêmes rues qui reviennent sans cesse dans les rapports de police, les récits des témoins, les enquêtes parlementaires : rues Mauconseil, du Bourg-l’Abbé, Greneta. Tiquetonne ; rues Beaubourg, rue Saint-Denis, Transnonain, des Gravilliers, au Maire ; rues Aubry-le-Boucher, Maubuée, Neuve-Saint-Merri ; rue de la Verrerie, rue Planche- Mibray où l’on se bat presque à chaque fois car elles donnent accès au pont Notre-Dame. » Accès de fièvre sociale à la fois cause et conséquence des modifications que connaît Paris à cette époque. Le Paris du XIX e siècle se transforme vite et radicalement. La ville devient une cité de l’âge industriel (Marcel Roncayolo). Le taux de croissance démographique urbain qui accompagne l’industrialisation à ces débuts est la cause première de ce bouleversement. La structure de la ville éclate : Paris passe de 547 000 habitants en 1801 à un million vers 1835, deux million au environ de 1860, trois million à la fin du XIX e siècle, quatre million au début du XX e. Le flot de population concerne d’abord les quartiers du Châtelet, des Halles, de Saint-Antoine, de Saint-Marcel. Les bouleversements économiques, eux, modifieront le visage de la ville ; ainsi voit-on apparaître ateliers, petites usines, chemin de fer, gares et installations y attenantes. Bien avant Haussmann, les clivages sociaux s’inscrivent dans la géographie urbaine : un prolétariat misérable, main-d’œuvre d’origine rurale pour les manufactures, s’entasse dans les vieux quartiers insalubres du centre, dont les Halles font partie intégrante. « La prédilection de l’émeute des années 1830 pour les quartiers centraux de la rive droite a d’autres raisons que stratégiques. Parmi la population de ces vieilles rues, on trouve toujours des hommes, des femmes, des enfants prêts à se joindre à une insurrection. Ce sont des quartiers, d’immigrés, où la proportion de ceux qui vivent en garni est la plus haute de Paris et celle de la population féminine la plus basse. Ils viennent des régions agricoles du Bassin Parisien et du Nord, de Lorraine, du Massif central. Ils sont portefaix, manœuvres, porteurs d’eau ; ils sont maçons, souvent originaire de la Creuse comme Martin Nadaud, vivant entassés à dix par chambre rue de la Mortellerie - rue des gâcheurs de mortier - dans une saleté telle qu’ils ont, dit-on, apporté le choléra à Paris. On dit aussi qu’ils sentent mauvais, qu’ils sont paresseux et voleurs, qu’ils ne parlent même pas français, qu’ils prennent le travail des vrais Parisiens en ces temps de crise et de chômage. Le dimanche, écrit la Bédollière, les porteurs d’eau auvergnats vont à la musette, à la danse auvergnate, jamais au bal français ; car les Auvergnats n’adoptent ne les mœurs ni la langue, ni les plaisirs parisiens. Ils restent isolés comme les Hébreux de Babylone. » Toutefois, si l’habitat du centre de Paris était, au milieu du XIX e siècle, vétuste et insalubre, la population qui travaillait aux Halles n’était pas défavorisée mais occupait, au contraire, tous les degrés de l’échelle sociale. Tous les niveaux de fortune se retrouvaient et se côtoyaient dans ce lieu étonnant. Par exemple, dans le roman de Zola, les Halles représentaient la petite bourgeoisie commerçante : « L’idée générale¨est : le ventre (…) le ventre de l’humanité et par extension la bourgeoisie digérant, ruminant, cuvant en paix ses joies et ses honnêtetés moyennes… ».
Usagers. Historiquement, une série de personnages, plus ou moins pittoresques, sont associés aux Halles : le «fort des Halles », « les dames des Halles », (commerçantes au verbe haut), les « porteurs », le clochard, le fêtard qui finit sa nuit… Caractériser la population fréquentant l’endroit aujourd’hui est plus problématique . Une série de problèmes vont se poser à nous. Parmi lesquels : Quel ordre donner à ce flux incessant qui parcoure les Halles ? Comment y établir de la régularité ? On peut tenter de repérer des « rythmes » dans le flux, que ces fluctuations soient quantitatives (plus ou moins de passants) ou qualitatives (plus ou moins de passants de ce type). On repéra alors différents « passagers », différents types de passages, aux motivations et occupations diverses. On inférera alors de ces diverses modalités d’occupation de l'espace un rapport avec différents profils. Et l’on dégagera de cela les différents comportements territoriaux en présence. Mais cela n’est pas chose aisée et ce n’est pas forcément probant. Quoi qu’il en soit, des analyses contemporaines faites sur le lieu, essentiellement sur le forum, on a pu dégager quatre profils d’usager : le « passager », le « flâneur », le touriste, le « furtif ». Remarquons au passage que le public des Halles est jeune et légèrement dominé par le sexe féminin. Par ailleurs, l'essentiel de celui-ci est issu des classes aisées, des non-actifs (jeunes) et des employés. Développons plus précisément ces quatre types d’usager. Le « flâneur » est une personne souvent seule, qui déambule, regarde, se promène dans « le circuit » que forme le forum. Elle fait masse et ne circule que dans ce circuit passant d'une vitrine à l'autre. Le « touriste », le plus souvent, fait partie d’un groupe organisé de provinciaux ou d'étrangers. Ainsi les grandes chaînes d'hôtel prévoient le forum en même temps que Beaubourg et le Louvre dans leur visite organisée d'une journée. Le « furtif » qui est en grande nombre, c’est la personne qui se rend en un endroit précis et pour une activité précise aux Halles, une fois celle-ci réalisée, il en sort aussitôt. C'est le cas notamment des clients de la FNAC. Le «passager », homme des correspondances, est l'usager de métro ou de RER, qui va d’un point d’embarquement à un autre. L’importance du « pôle intermodal» que sont les Halles et la proximité de Beaubourg, le monument français le plus visité (qui est pourtant desservi que par un seul métro), explique le flux important de personnes. À l'évidence les pratiques des usagers (flânerie, achat, visite, passage...) sont fort diverses. Toutefois, il convient de remarquer qu’elles se déclinent toutes, d'une manière ou d'une autre, sous un rapport spécifique à la mobilité, un régime particulier de mobilité. Le caractère nonchalant et erratique du flâneur, s’oppose au style utilitariste, instrumental et au plus court, tant du « furtif » que du passager. Chez ce dernier la mobilité prend des allures de froideur mécanique. Les comportements mobiles du touriste s’apparentent à celui du flâneur, si ce n’est cet ahurissement, un peu béat et très « groupé », qui caractérise le tourisme de masse. On peut se demander si rendre compte de cette dynamique complexe ne relèverait pas plus de la mécanique des fluides que de la sociologie. Peut-être qu’a un certain niveau de « volume » et de fluidité, des propriétés émergentes apparaissent ?
Espace public. A l'évidence, les Halles sont un espace public, l’un des plus grands de l’Ile-de-France, et qui plus est, comme nous l’avons vu précédemment, d’une grande centralité. Mais au fond, qu’est-ce qu’un espace public, suivant une perspective sociologique ? Les espaces publics peuvent se décliner sous la forme de rues, avenues, boulevards, marchés, squares, jardins, espaces verts ; mais aussi sous celle de centres commerciaux, centres culturels et de loisirs, gares et aéroports... Toutefois, si, comme leur nom l’indique, ils correspondent a une modalité du « spatial », ils renvoient surtout à une réalité politique. Ils se présentent comme des symboles du « vivre ensemble » en un lieu : « l’espace public est par excellence ce qui fait de la ville autre chose qu’une mosaïque de quartiers et un simple agrégat de petits mondes étanches » . Ces espaces publics résultent d'une négociation permanente entre les univers public et privé, en autorisant par exemple la mise en scène de la société civile. « Le lieu à partir duquel s’exerce le pouvoir et s’unifie le groupe. C’est là-bas que se déroulent les grandes manifestations qui on pour but soit d’applaudir et d’exalter, soit de contester les pouvoir à travers lesquels le groupe exprime une unité de vue et une unité d’action. » Ainsi, si dans un premier temps, en France, les places ont servi à mettre en scène la statue du roi - songeons aux places royales -, très rapidement la société civile s'en est emparée pour les faire sienne, et l’on sait avec quelle force dans la capitale française. Songeons au triangle revendicatif : Nation, Bastille, République. Par ailleurs, les espaces publics sont le lieu qui permette une pédagogie pratique de la « citoyenneté », en mettant en situation de co-présence des individus anonymes tout en déployant les codes nécessaires au sentiment d'appartenance à un lieu sans qu’il en soit fait un usage privatif. Toutefois dans les villes-monde l’espaces public est mis à rude épreuve. Au point où le concept même d'espace public est remis en question. Ainsi on remarque que, de plus en plus, l'espace commercial prévaut sur l'espace public. On sait pourtant qu’en matière urbaine, dans la tradition européenne, la « place » ( agora, forum…) - qui dans cette tradition a toujours été séparée conceptuellement du « marché » et du « temple » - est fondamentale, puisqu’il est la jonction entre l’« urbs » et la « civitas », la réalité physique et la réalité politique. A cette privatisation s’ajoute ce double écueil que sont la propension à réduire les espaces publics à des flux de circulation, dévolu à la voiture notamment, ou à l’inverse la tendance à la « patrimonialisation » et la « muséifications » de ceux-ci, ce qui en fait des espaces surprotégés et artificiels. On peut alors s’interroger sur leur réelle accessibilité, s’ils deviennent des espaces semi-publics juridiquement privés accessibles seulement à certaines conditions. Un phénomène d’apparence contradictoire illustre cette situation, c’est ce que le sociologue américain Mike Davis a appelé la « symbiose esthético-sécuritaire ». Elle consiste en, d’une part, une « esthétisation » à outrance et une « spectacularisation » des lieux centraux et, d’autre part, en une « militarisation » de l'espace (vidéosurveillance, dispositif anti-SDF…). Les Halles, comme espace publics, correspondent bien à cet ensemble de préoccupations. Parmi lesquelles, celles qui ont trait à la dimension politique des espaces publics : soit la gestion des citadins aux identités différentes dans des lieux de libre accessibilité. En effet, faire coexister, bon gré mal gré, un flux continu de populations – 80000 par jour de semaine et 200000 le week-end- si différente tant socialement que géographiquement (touristes, pendulaires, jeunes, flâneurs, chalands…) relève du miracle. Par contre, le rapport entre le public et le privé, marchandisation généralisée des lieux oblige, se fait au détriment du public. Le triptyque marché /temple/place ici ne fait plus qu’un. Cette place, plus ou moins souterraine, n’est-elle pas le temple de la marchandise ? Mais le caractère de centre commercial n’épuise pas le lieu. La flânerie et l’appropriation de cet espace d’une certaine jeunesse le démontrent à l’envi. Les Halles sont également un lieu où chacun est accessible au perception de l’autre, où on aime voir et se montrer, où Paris (et bien au delà) vient contempler sa diversité. Par exemple, les Halles, comme lieu-fort de la vie urbaine parisienne, sont le référent obligé d'un espace de sociabilité juvénile qui offre à la fois la possibilité de se retrouver entre soi, de « voir du monde », c'est-à-dire de côtoyer d'autres styles de jeunes et de se mélanger à d'autres classes d'âge et d'autres catégories sociales, à se mesurer à d’autres « bandes ». Soit un espace de rencontre et de « drague », de consommation et d'accessibilité aux biens de consommation, qui participe à la construction d'une identité collective. Il est à remarquer que si cet espace public peut s’appréhender comme flux de circulation (transport en commun, piétons…), mais non pas celui de la voiture, ce qui érode l’identité du lieu, ou en tout cas la transforme qualitativement, il n’est l’objet d’aucune stratégie de « patrimonialisation », chose qui s’explique par son réaménagement plutôt désastreux. Doit-on le regretter ? On peut également se demander si les Halles ne sont pas, le « nouvel espace public » d’une cité, passée de l’âge de la ville à celui de l’urbain. D’où résulterait le paradoxe suivant : le « nouvel espace public » parisien le plus réputé serait aussi l’espace public le plus ancien de Paris. Mobilité. On le sait, aujourd’hui, les questions liées à la mobilité sont un des grands enjeux de nos sociétés, puisque toutes les activités humaines y sont liées d’une manière ou d’une autre. Certaines d’entre elles sont même surdéterminées par l’accélération vertigineuse de celle-ci ; c’est le cas des activités économiques et de leur dynamisme. La mobilité, pour ce qui nous concerne, questionne tout particulièrement les identités collectives et la nature même des espaces publics. Et il questionne, plus généralement, le devenir des villes : Comment « faire ville » dans les conditions de fluidité et d'anonymat de ces contextes urbains singuliers que sont, par exemple, les « pôles d'échanges »? Il est à remarquer que cette mobilité est liée à la taille et à la forme des villes. Les « territoires de la vitesse » (Virillio) mettent-ils en péril les espaces publics et leur usagers ou modifie-il simplement leur contenu et leur forme ? Et dans ce cas, quelle est nature de ce changement ? Mais « après tout, qu’est-ce qu’une ville sinon une entité spatiale qui compose plaques résidentielles et ligne de mobilité ? » . Certes, mais la ville contemporaine à une configuration originale où les fonctions de résidence et de mobilité se trouvent clivées. Autrement dit, la majeure partie des territoires parcourus (le centre ville, par exemple) sont inhabités, tandis que les territoires habités sont peu parcourus (les quartiers résidentiels, notamment). Y a-t-il d’ailleurs des habitants dans le quartier des Halles ? Cette configuration suscite deux effets combinés : la peur de l’intrusion et la fragilité identitaire , qui provoque notamment un urbanisme de « l’entre-soi ». Pour ce qui concerne l’espace public, de « nouveaux espaces publics » naissent des flux : « la circulation fabrique du territoire » , les Halles sont l’un d’eux, et pour ce qui est de ses usagers, certains deviennent des opportuns, persona non grata, car paradoxalement « l’accessibilité physique débouche sur un sens aigu de l’inaccessibilité sociale » . Pour ce qui est des Halles, on le sait chaque usager des Halles peut être déterminé par un régime spécifique de mobilité, intéressons nous, tout d’abord, à la figure du «flâneur ». Si à l’époque de Baudelaire cette figure était le fait d’une certaine élite (le bourgeois, l’artiste bohème, le dandy…), aujourd’hui, elle s’est universalisée . Tout le monde l’est à un moment ou à un autre dans sa vie au quotidien. Elle consiste en cette immense jouissance « que d’élire domicile dans le nombre, dans le mouvement, dans le fugitif et l’infini. Etre hors de chez soi, et pourtant se sentir partout chez soi ; voir le monde, être au centre du monde et rester caché au monde… » . Si ce n’est une réserve pour se dernier point, car aujourd’hui on aime beaucoup être vu, cette expérience d’être « un kaléidoscope doué d’une conscience » est l’expérience la mieux partagée au sein des Halles ; on y déambule, traîne, vagabonde, regarde, se promène, naviguant d’une vitrine l’autre sans consommer forcément. On y « consomme » essentiellement de l’ambiance et de l’image. L’orchestration généralisée (son et lumière) et la « mise en scène » du lieu, hypertrophie du regard et impérialisme du voir qu’il implique sont frappant. Le forum des Halles, qui s’inscrit dans la continuité des « passages parisiens », bien étudiés par Walter Benjamin, des grands bazars, qui détrônèrent ces derniers, des centre commerciaux souterrains (Japon, Canada..), « offre le récital subtil de la consommation , dont tout « l’art » consiste à jouer sur l’ambiguïté du signe dans les objets et à sublimer leur statut d’utilité et de marchandise dans un jeu « d’ambiance » : néo-culture généralisée, où il n’y a plus de différence entre une épicerie fine et une galerie de peintre, entre play-boys et un traité de paléontologie… » . Mais ce paradigme de « l’homme des foules » , couplé à l’homo consumans s’avère ambigu. Le personnage de la célèbre nouvelle de Poe ne portait-il pas un diamant et un poignard ? Cette dangerosité présumée est assumée ici par la jeunesse francilienne, dont c’est d’ailleurs un des points de chute. Que lui reproche-t-on, les riverains et les commerçants en particulier ? C’est essentiellement de coaguler, de former des points de fixation dans ces lieux. Car du point de vue de Sirius les Halles peuvent être considérer comme un énorme accélérateur de particules, dont les arrêts provisoires ne peuvent être tolérés (ou plutôt incités, marketing oblige) que par des dispositifs marchands, qui sont des dispositifs de captage de flux. Aussi, ceux qui se refuse à cette injonction de mobilité, de fluidité apparaîtront comme des « récurrents indésirables » .
Jamal Es samri
Obipo - Ouvroir d'urbanisme potentiel
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