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Airs de Bruxelles

 
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laurent de sutter



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MessagePosté le: Mercredi 21 Mars 2007, 14:09    Sujet du message: Airs de Bruxelles Répondre en citant

Au lieu de Brussels Shooting, Rémy Russotto aurait pu appeler sa dernière série de photographies : Bruxelles, ville invisible. Comme, d’ailleurs, il aurait pu appeler les séries qu’il avait précédemment dédiées à Padoue ou Los Angeles : Padova, citta invisibile ou Los Angeles, Invisible City. Pourquoi ? Parce qu’avec ces photos il faisait sienne la préoccupation qui hantait Bruno Latour dans son Paris, ville invisible : Paris n’existe pas. En effet, pour Rémy Russotto, ni Bruxelles, ni Los Angeles, ni Padoue n’ont jamais existé. La seule chose qui a jamais existé est le trajet par lequel Bruxelles, Padoue ou Los Angeles ont reçu, grâce à ses photographies, un mode spécifique d’existence. Dans Brussels Shooting, ce mode d’existence est celui de la narration : la série constitue une histoire qui donne à Bruxelles le mode d’existence d’un bouquet de lieux. Palais Royal, rue de la Loi, Palais de Justice, place du Jeu de Balle, etc. Une silhouette féminine ténébreuse passe d’un lieu à l’autre en tendant un revolver devant elle. Elle tue des gens. Parfois, même, il est trop tard : il ne reste qu’un cadavre de son passage. Mais c’est cela, faire de Bruxelles un bouquet de lieux : c’est raconter une histoire dont les lieux ne donnent que le montage. Il n’y a pas de début et de fin : il n’y a pas de scénario. Mais aussi : il n’y a pas d’espace ou de temps : il n’y a pas de décor. Bruxelles, dans Brussels Shooting, n’existe à chaque fois qu’au présent d’un des lieux que rassemble la narration. Etre en retard sur la tueuse n’est que de peu d’importance : la trace de son passage, elle, est bien là, au présent. C’est ainsi qu’au romantisme de l’espace, Rémy Russotto substitue un romantisme des lieux. Considérer une ville comme un espace, c’est en effet lui conférer le mode d’existence d’un paysage. Un paysage, cela se contemple, cela s’admire, cela s’applaudit. C’est tout. Un lieu, par contre, cela se parcours, cela se découpe, cela se vit. La narration que tente Rémy Russotto dans Brussels Shooting est ainsi une narration de vie qui a besoin du coup d’éclat d’un revolver pour faire sortir la ville de son rôle de décor, de paysage. Il faut que la silhouette féminine ténébreuse tue des gens pour que la ville se mette à nouveau à exister sur le mode spécifique de la narration – et non plus sur celui, général, de l’esthétique, de l’architecture ou de l’urbanisme. Mais pourquoi est-ce un romantisme ? Parce que, dans Brussels Shooting, il ne s’agit pas de présenter un mode d’existence vrai de Bruxelles. C’est là, peut-être, que Rémy Russotto s’éloigne de Bruno Latour. Pour Latour, suivre le trajets effectué par les différentes médiations qui constituent un mode d’existence de Paris revenait à faire preuve de réalisme : il s’agissait de dégonfler le romantisme de la ville. Pour Rémy Russotto, au contraire, il s’agit de le regonfler. Y a-t-il une ville moins romantique que Bruxelles ? Non, bien sûr. Ou plutôt : non, tant que Bruxelles est considérée comme une ville qui existerait en soi. Mais il n’y a pas de ville plus romantique que Bruxelles si, au contraire, elle est considérée comme l’ensemble des lieux où s’éprouve l’aventure dangereuse d’une narration. C’est la coquetterie de Rémy Russotto : une aventure aussi dangereuse qu’une narration conduit forcément à la multiplication de cadavres. S’il faut raconter quelque chose comme une ville, s’il faut lui donner la vie qu’implique cette narration, elle ne peut que se transformer en gigantesque charnier. Bruxelles peut-elle revivre grâce à un cadavre couché en travers de la rue de la Loi ? A propos de Rémy Russotto, il faudrait sans doute parler de romantisme noir.

http://www.remyrussotto.com/pictures.php
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