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UN POINT SUR LES RONDS-POINTS

 
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Elie During



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MessagePosté le: Dimanche 20 Mai 2007, 12:18    Sujet du message: UN POINT SUR LES RONDS-POINTS Répondre en citant

ROND-POINT :

"Carrefour où aboutissent plusieurs routes et qui est souvent décoré au centre par une fontaine, un bassin ou un édifice ; d'abord utilisé dans les jardins et parcs de chasse, il devient une figure urbaine. "Rond-point des champs-Elysées" (Paris)."


(Définition donnée dans le lexique de D. Mangin & P. Panerai, Projet urbain, Marseille, Editions Parenthèses, 2005).






Cette figure urbaine s'impose comme une solution efficace à la redistribution des flux automobiles (c'est un carrefour sans feu rouges, une sorte d'échangeur giratoire), en même temps qu'elle intègre, de manière plus ou moins explicite, les codes traditionnellement associés à la place ou au monument, en accueillant des objets, des sculptures, des massifs floraux, des modèles réduits de paysages, des constructions, etc.

"Casser le heurt circulatoire des feux rouges par une diffusion continue et étalée des véhicules", écrit François Bon (voir infra). Le rond-point parvient en effet à fluidifier le trafic en faisant ralentir les véhicules, plutôt qu'en les arrêtant. C'est là la fonction principale de l'îlot central, qui sert également d'aiguilleur en facilitant l'insertion tangentielle des entrants, et d'avertisseur en interrompant la perspective linéaire attachée à la vision du conducteur. Le rond-point présente enfin la particularité d'inverser un des axiomes du code de bonne conduite automobile, puisque la priorité y est réservée à ceux qui circulent déjà sur l'anneau : on ne cède pas son tour, c'est aux nouveaux arrivants de se glisser comme ils peuvent.



Il faut rappeler que la France est particulièrement friande de ronds-points et autres placettes. Il y a à cela des raisons diverses, d'ordre économique et politique. Mangin et Panerai les évoquent dans leur ouvrage, en critiquant au passage quelques unes des fixations idéologiques du discours urbanistique sur l'"espace public" (j'y reviendrai ailleurs). Car l'enjeu des ronds-points est là : il s'agit de voir en quel sens ce dispositif technique modifie le tissu urbain et péri-urbain, en quel sens aussi il peut moduler la perception qui accompagne la circulation le long des circuits de contournement installés aux périphéries des villes, ou en leur sein. (François Bon montre bien que le rond-point n'est pas séparable du réseau de panneaux indicateurs ou publicitaires qui le bordent en amont, ni de tous les autres ronds-points qui ponctuent le réseau routier d'une zone industrielle ou commerciale).



sens-giratoire.com propose un inventaire des ronds-points artistique de France, ainsi qu'un certain nombre de mises au point techniques :

http://www.sens-giratoire.com/textesrp/pagetype.htm

Un site plus austère et plus pédagogique de la sécurité routière propose une intéressante typologie des chicanes et des giratoires, en précisant autant que possibles les risques d'accidents associés :

http://www.securite-routiere.org/infrastructure/chicanes/chicanes.htm
http://www.securite-routiere.org/infrastructure/giratoires/giratoires.htm
http://www.securite-routiere.org/infrastructure/giratoires/risque.htm



J'y faisais allusion à l'instant : François Bon a écrit pour les Cahiers de l'Ecole nationale supérieure de la nature et du paysage de Blois (novembre 2004), un bel article sur la question, qui montre bien en quoi les ronds-points "matérialisent la façon neuve dont s’organise dans la tête l’espace de la ville" :

http://www.tierslivre.net/arch/04_RondsPoints.html

"J’ai souvenir de grands ronds tout simples, avec bordure de ciment, et juste un vague monticule de terre au milieu. Et d’ailleurs au moins une fois s’être retrouvé au milieu pour avoir freiné trop tard, la voiture empâtée et ridicule dans l’herbe, là où auparavant on filait. Les premiers ronds-points gommaient des carrefours où on avait vu trop d’accidents, on comprenait qu’il fallait se faire raison. Ils ne changeaient pas la topologie, ni notre orientation. Au contraire, en cherchant, j’ai l’impression qu’ils l’a simplifiaient : à chacune des sorties en étoile du rond-point, les panneaux indiquant les endroits où cela menait, donc finalement quelque chose de plus clair. Et puis ils ont proliféré, on les a exportés, et dans ma ville, dont le rond-point maître arbore une plume de stylo de deux mètres de haut parce que Balzac et Anatole France y ont séjourné, on n’a pas de médiathèque, mais on a toujours deux nouveaux ronds-points en chantier, qu’ils fassent cinquante centimètres de diamètre, en beau pavé reconstitué, au milieu du carrefour, où ajoutent à la suite d’efflorescences soigneusement arrosées et entretenues avec végétation thématique et parfois inscription.
Non pour ironiser, ou s’en défendre comme d’un chancre qui rongerait nos villes : c’est le déplacement qui est étrange. En quoi ils ont déplacé notre perception spatiale de la ville en la déployant comme une pâte à pâtisserie sous la bouteille qui vous sert de rouleau – écoutez seulement comment désormais on vous indique un chemin : « Au rond-point à droite, puis deux ronds-points tout droit, tu sors au garage Renault et c’est deuxième rue à gauche. » Et qu’effectivement on y arrive très bien, on saura même repartir (« Au premier rond-point tu verras le grand panneau du Leclerc et après ce sera fléché autoroute. »), mais on n’aura rien su d’où on était dans Orléans, seulement si c’était plutôt nord de la Loire ou dessous. Et le mot giratoire n’a jamais pris. Question qui paraîtra sans doute mineure à un Parisien (la place de l’Étoile et celle de la Concorde ou Nation et Bastille fonctionnent aussi de façon giratoire, mais le monument au centre, l’obélisque, l’arc de triomphe ou la statue restent un point fixe d’organisation de l’espace, quand le rond-point est vide et renvoie à ce qui lui est extérieur), mais comment voudriez-vous en province vivre sans voiture ? Il faut l’Italie ou le Portugal pour redécouvrir qu’existe le commerce de proximité, encore le groupe Carrefour sème partout au Portugal, et à mon dernier voyage en Italie j’ai vu une enseigne géante « Auchan Pompéi ».
[…] Qu’on remarque par exemple le paradoxe de ces éternels cercles paysagés (oui, c’est leur mot), et de l’invariable assaut de publicité qu’ils concentrent en amont, où naît une étrange écriture faite de taches rondes, avec le trait noir du trajet qui les contourne. La ville ne s’organise plus depuis son centre, un autre paysage naît, dont l’essentiel manifestation concrète est cette suite de cercles qui éclate le trajet dans la circularité extérieure de la ville. Il pourrait en naître des fictions : : ce matin, revenant de faire le plein d’essence et relever ma boîte postale, à ce rond-point en construction (j’habite une ville qui comporte toujours un rond-point nouveau en construction), un double cercle de bordures de béton moulé, et cet homme seul au milieu, debout sous la pluie, qui considérait l’émergence en polystyrène orange d’une future arrivée d’électricité. Comme le petit prince sur sa planète, le constructeur d’îles urbaines, peut-être un seul homme faisant partout jaillir les cercles au milieu des voitures. Ou bien un pays qui ne serait fait que de ronds-points, mais il n’y aurait pas besoin de villes au milieu, ce serait seulement pour notre circulation paysagère. Ou bien celui qui consacrerait sa vie à en établir le relevé, l’inventaire, l’exacte description, sur toute l’étendue du territoire, et s’attacherait à démontrer qu’aucun nulle part n’est identique à un autre, quelles que soient les récurrences, les typologies, les fonctions."



On trouve par ailleurs une amusante théorie anthropologique du rond-point sur le site "photolibres" :

http://photoslibres.over-blog.com/article-3084352.html



L'auteur (anonyme) propose une taxinomie à la fois fantaisiste et systématique ("ronds-points ruraux", "ronds-points urbains", "ronds-points en friche", "ronds-points artistiques", "ronds-points franchement inutiles", etc.), ainsi qu'un début d'interprétation générale, qui prend elle-même la forme d'une typologie. Le rond-point apparaît comme le prisme révélateur d'une multiplicité de "visions du monde". Il suggère toutes sortes d'interventions créatives : tuning de rond-point, concours de rond-point… Qui dit mieux ?

Question subsidiaire : peut-on traverser un rond-point ? Pour le piéton confronté au flux giratoire, "îlot central" doit s'entendre à la lettre : si le trafic est dense, c'est une des parties les moins accessibles de l'espace public.
[Cette question nous renvoie à un post publié dans la rubrique "circulations" :
http://www.airsdeparis.centrepompidou.fr/viewtopic.php?p=289#289]




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