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Le temps des grands ensembles (1954-1973)

 
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Nicolas Bouyssi



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MessagePosté le: Vendredi 24 Novembre 2006, 20:21    Sujet du message: Le temps des grands ensembles (1954-1973) Répondre en citant

« En 1954, à la suite de l’appel de l’abbé Pierre (dont la communauté Emmaüs est installée à Neuilly-Plaisance depuis 1947) dénonçant le manque de logements, le gouvernement répond en créant des "cités d’urgence", mais aussi en lançant les logements "Million", un concours abaissant le coût de construction d’un logement à 1 million de Francs de l’époque. La création de la SCIC* et de la SCET*, deux sociétés d’économie mixte (SEM), est une autre réponse de l’Etat au besoin en logements et en équipements d’une France en pleine croissance.

« Dans le cadre du concours Million, Georges Candilis et son équipe fournissent à la SA d’HLM* Emmaüs une réponse plus pertinente que les cités d’urgence, transitoires et vite vétustes. A Aulnay-sous-Bois, à Bobigny et au Blanc-Mesnil avec l’aide de Jean Prouvé, Candilis décline une architecture simple, mais de qualité avec peu de moyens. Si la Cité d’Aulnay se porte bien, celle du Blanc-Mesnil est partiellement détruite et "l’Etoile" de Bobigny est menacée (1954-1955, chemin de Roissy 41, 1955-1957, avenue Paul-Vaillant-Couturier et 1956-1962, rue de l’Etoile). Emile Aillaud mène lui aussi une recherche originale et n’hésite pas à manier la courbe pour concevoir ses logements, que ce soit à la cité de l’Abreuvoir (1956-1960, OPDHLM*, avenue Edouard-Vaillant, Bobigny) ou aux Courtillières à Pantin (1955-1960, SEMIDEP, ODHLM* et OPHLM*, avenue de la division Leclerc). Au Pont de Pierre, à Bobigny, Arthur Heaume et Alexandre Persitz conçoivent pour l’OCIL* un ensemble plus classique (1957, rue de l’Illustration). A Stains et Pierrefitte-sur-Seine, Jean Dubuisson signe un ensemble travaillant l’horizontalité, représentatif de son style (1955-1964, SCIC, rue Parmentier), tout comme Jean de Mailly à Rosny-sous-Bois (Bois Perrier, 1959-1967, SCIC). A Aulnay-sous-Bois, Jean Le Couteur manie la brique (Balagny, 1955-1968), quand Clément Tambuté, après les tours et barres des 4000 de La Courneuve, "s’essaye" aux rondeurs au Clos-Saint-Lazare à Stains (1956-1963, OPHLM de Paris et 1964-1969, OPDHLM). A Epinay-sur-Seine, Daniel Michelin prend le contre-pied de la cité-jardin d’Orgemont, toute proche, en osant une tour d’habitation de trente étages. Vite interdit, ce type d’immeubles à grande hauteur explique la solitude de "l’Obélisque" dans le nord-est parisien (1956-1969, SCIC). Enfin, tandis que les projets d’Unités d’habitation de Le Corbusier à Sevran et Aulnay-sous-Bois sont écartés, Jean Balladur lui répond en édifiant les Rigondes à Bagnolet (1962-1964, Sarriane, avenue de Stalingrad). Si les qualités architecturales de ce que l’on nomme déjà les grands ensembles ne sont pas toujours reconnues de leurs habitants, le "confort moderne" que ces logements leur apportent est immédiatement apprécié.

« Loin d’être monolithiques, lesdits grands ensembles peuvent prendre plusieurs formes et sont plus complexes qu’il n’y paraît. Si tours et barres dominent cette production bien circonscrite dans le temps, de nombreux architectes de talent se sont efforcés d’offrir plus que de simples logements aux futurs habitants de leurs réalisations. Avec la Cité de l’Abreuvoir à Bobigny, Emile Aillaud rompt délibérément avec la règle du "chemin de grue" dont les rails "justifieraient" le caractère rectiligne de bien des grands ensembles, tels Sarcelles. Aillaud ose la courbe avec ses immeubles "nouilles" et édifie des tours en forme de cylindre ou d’étoiles. Il soigne particulièrement ses portes d’entrée et utilise des carreaux de mosaïque pour donner des couleurs à ses réalisations. Enfin, si la priorité est clairement donnée aux logements collectifs, de grands ensembles comme le Clos des Français, à Montreuil, conçu par l’architecte Henri Colboc, intègrent des logements individuels (1956-1961, SCIC, rue Hoche), grâce à des espaces verts envisagés dès l’origine du projet.

« Malgré le saut quantitatif de la construction opéré à partir de 1953 — on construit désormais plus de 100 000 logements par an dont plus de 50 000 HLM* —, cette production ne parvient pas à endiguer la crise du logement. Les bidonvilles se multiplient aux portes de Paris. De plus, avec la fin de la guerre d’Algérie et le retour des rapatriés, la demande en logements sociaux continue de croître. En créant les zones à urbaniser en priorité (ZUP*), la loi du 31.12.1958 doit faciliter la construction en offrant de nouveaux terrains à bâtir. Elle ouvre aussi un nouveau front : la rénovation urbaine. Mais cette résorption des îlots insalubres et des bidonvilles démarre difficilement, freinée par des problèmes d’expropriations.

« En juillet 1964, le département de la Seine-Saint-Denis naît officiellement. Il s’inscrit dans le schéma d’aménagement et d’urbanisme (SDAU*) de la région parisienne rendu public en 1965 et conçu par le District, piloté par Paul Delouvrier. Cette création va générer un fort développement d’infrastructures de transports contribuant à morceler plus encore le territoire (autoroutes, porte de Bagnolet, RER) qui subit, par ailleurs, une vague de désindustrialisation qui ira croissante.

« C’est dans cette même période, alors que les ZUP sont massivement construites, souvent sur plusieurs communes comme à Aulnay-sous-Bois/ Villepinte/ Sevran, Clichy-sous-Bois/ Montfermeil, que la contestation des grands ensembles débute. La presse s’empare de ce que l’on appelle "la sarcellite" et les habitants dénoncent à leur tour des grands ensembles loin de tout et sans équipements. Des architectes s’y opposent également et formulent d’autres propositions. L’atelier d’urbanisme et d’architecture, l’AUA, emmené notamment par Paul Chemetov, Jacques Kalisz ou Henri Ciriani, proche du parti communiste, tout comme l’atelier de Montrouge qu’animent Jean Renaudie, Gérard Thurnauer, Jean-Louis Vérer et Pierre Riboulet, sont de ceux-là. Sans vraiment se démarquer du mouvement moderne, ils veulent rompre avec le tout fonctionnel et imaginent d’associer logements, commerces et équipements publics, tels que crèches ou ateliers d’artistes, pour créer une véritable communauté d’habitants. La rénovation urbaine leur permet notamment de s’exprimer dans les années 60 et 70. Si l’AUA s’inscrit nettement dans une démarche plastique "brutaliste", utilisant des matières brutes (telles la brique à Pantin, La Courneuve) et mettant en avant la structure constructive (îlots Robespierre et Pasteur, 1975-1980, OPDHLM et SEMISO, Saint-Ouen et 1969-1970, OPHLM, avenue de la République, Aubervilliers), l’atelier de Montrouge se distingue déjà par des formes plus "proliférantes", particulièrement le projet Franc-Moisin, à Saint-Denis (1964-1965). Indépendants de ces deux mouvements, Roger Anger, Pierre Puccinelli et Mario Heyman se singularisent par leurs jeux de volumes, notamment à Sevran (1972-1974, Logirep, rue Gustave-Péri).

« En 1967, les zones d’aménagement concerté (ZAC*) et le plan d’occupation des sols (POS) tentent de répondre aux critiques et de régler le problème foncier. Avec "Village-Expo", le regain d’intérêt pour le pavillonnaire s’affiche et reçoit le soutien du ministère de la Construction. A partir de 1968, la contestation généralisée de l’urbanisme technocratique et de la suprématie de l’automobile obligent le gouvernement à formuler de nouvelles réponses. La "meilleure qualité de vie" devient un objectif politique. Enfin, en 1970, la mort de quatre Sénégalais et d’un Mauritanien dans un soi-disant "foyer d’hébergement" d’Aubervilliers — en réalité, un simple pavillon où logeaient dans cinq chambres plus de cinquante Africains — émeut la population et relance l’action publique pour la résorption des bidonvilles et des îlots insalubres. La création du Plan Construction, en mai 1971, avec son Plan pour une Architecture Nouvelle (PAN) et ses réalisations expérimentales (REX), incite à un renouveau architectural dans le domaine du logement social. C’est dans ce cadre que Michel Andrault et Pierre Parat réalisent leurs maisons-jardins en gradins dans la ZAC des Econdeaux à Epinay-sur-Seine, moins connues que les "pyramides" de Villepinte (1974-1976, Société Parisienne de construction immobilière et 1969-1970, les Mousseaux, OCIL). De même, Henri-Pierre Maillard édifie au centre-ville de Neuilly-sur-Marne un ensemble très proliférant fondé sur son procédé contructif, le "tabouret" Maillard (1977-1983).

« En octobre 1971, le ministre de l’Equipement Albin Chalandon se rend à La Courneuve "incognito" selon l’AFP, mais en présence de la télévision, et y dénonce "l’urbanisme dépassé", stigmatise la "part trop importante de personnes inadaptées", le "corps social trop lourd […] et inassimilable". En 1973, Olivier Guichard confirme la circulaire Chalandon, dite "ni tours, ni barres", mettant un coup d’arrêt aux ZUP et aux grands ensembles. »


Benoît Pouvreau, Le Logement social en Seine-Saint-Denis (1850-1973), Inventaire général, ADAGP, 2003.


HLM : Habitation à Loyer Modéré, créée en 1951.
OCIL : Créé en 1953, l'Office Central Interprofessionnel du Logement est un des principaux organisme collecteurs du 1% patronal et un maître d'ouvrage d'HLM.
OPDHLM, OPHLM : Office Public Départemental d’HLM et Office Public Municipal d’HLM, créés en 1912.
POS : Les Plans d’Occupation des Sols, institués en 1967, définissent des affectations précises à chaque parcelle du territoire communal.
SCET : La Société Centrale d’Equipement du Territoire, créée en 1954, est une filiale de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) préfigurant la délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale.
SCIC : La Société Centrale Immobililère de la CDC est la première SEM d’HLM, créée en 1954, dirigée par François Bloch-Lainé. Elle s’est rendue célèbre en édifiant le nouveau Sarcelles.
SDAU : Le Schéma Directeur d’Aménagement et d’Urbanisme est conçu par le District de la région parisienne.
ZAC : Les Zones d’Aménagement Concerté, nées en 1967, succèdent aux ZUP et s’ouvrent aux aménageurs privés.
ZUP : Les Zones à Urbaniser en Priorité, nées en 1958, sous-entendent acquisitions foncières, aménagement et équipement puis construction. Elles sont entrées dans le langage courant mais n’existent plus juridiquement.
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