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Impressions de Paris

 
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Lionel Dax



Inscrit le: 25 Aoû 2006
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MessagePosté le: Lundi 22 Janvier 2007, 22:00    Sujet du message: Impressions de Paris Répondre en citant

Je prends mes habits de souplesse



Soleil de novembre, berges folles… Quelques faux Sphinx crachent une eau longue. Des femmes s’ennuient, parlent sans discontinuer, occupées à fuir l’éventuel d’un frisson. L’affairement est un choix, une prison, une mode.

Je traverse la Seine, jour de brouillard brillant, et rejoins une amie au bout du pont. Leçon de musique sur les quais.

Matin de pluie fine, la ville pâle. Les ombres s’activent, enfer plat des artères. Elles rêvent d’un repos uniforme, d’un calcul cloné, d’une assurance létale, d’une épargne temps. Dans la bataille, il y a peu d’hommes qui s’accordent à l’éclair, qui tentent le temps.

Au Compas d’or, jambes rieuses, musiques des feuilles, une grappe de raisin dans la main, offerte à ta bouche. Baiser du muscat, sourire violet de l’amour, mutinerie délicieuse de ta langue.

Je prends mes habits de souplesse, je fonce vers le Pont-Neuf – superbes mouettes – cris sur Seine – pointe de cette place j’avance seul – il convient de ne pas se laisser prendre au flux circonvenu convenu venu du monde.

Plus rien de dangereux ce matin – le soleil a refait son apparition – j’ai revu mon spectre, les yeux épuisés – rien de dangereux – une accalmie urbaine, le bruit lancinant des fontaines, quelques rires d’enfants – le marché aux légumes léthargie – le sourire d’une amie, le vieil homme tirait sur son cigare dos à l’église Saint Médard – une énergie d’été en hiver – il est vrai que le sablier des saisons se remplit de lumière.

Quand elle est arrivée pluie verglacée elle avait ce ciré jaune des tempêtes, une harmonie rose sur les joues, la précision du sourire marin, brune parfaite en séduction imperceptible des yeux – flottement de l’environnement, café Sarah Bernhardt, théâtre de la ville, danse urbaine du charme, serpent qui flanche avalanche, langue en sarabande et puis acte. Acte d’amour en lucide envol – en gloire de jouir – ses hanches en mes paumes, l’instant en ivresse vallon de son ventre – je tiens la grâce en son baiser.

Aujourd’hui le soleil est de brique – je suis en face de l’Abbaye et je pense au magicien d’or à ses secrets de cave laboratoire du croire et à ses trésors enfouis ailleurs jamais on ne saura où – partout, l’or inventé des fous, le fantasme Midas, l’or envoûte, l’abbé au diable de Rennes-le-Château – caracolent le délire et la foire des hommes, le temps à vide dès lors que l’être se fait avoir pour mieux apparaître en roi de société – je m’endors poudre d’or sur les pistes du luxe – je rêve d’un hors monde, d’un autre sort encore inconnu – good luck ma roue – et cela arrive en splendeurs – alors le corps s’écrit en chants successifs comme si la narration s’était noyée évanouie avait disparue et la vie devient éclats éclairs éclaircies en roulé-boulé en tohu-bohu en sauts périlleux s’attachant au rythme des jours à la danse improvisée des heures.

Je suis devant le tableau au Louvre – il embrase tout – un couple de femmes s’enlace au premier plan sur un nuage léger – l’une se caresse sans concession – je me rappelle d’Eve à San Cassiano, à droite de la musique résurrection, de l’orgue soleil des anges : sortir des Limbes avec la même caresse – au-dessus, c’est vapeurs d’illuminations – jaune et rose avec des espaces bleu azur.

J’ai traversé la ville à toute allure car j’aime saisir d’un trait la géographie de Paris – halte sur les quais tant Paris se comprend au niveau de son lit rythmé en variations – je me suis arrêté Chez Jeannette, au cœur du faubourg Saint-Denis pour lire les Mémoires sur Louis XI – je me souviens d’avoir pris un café après une répétition au conservatoire d’art dramatique.

Ce matin, un éclair, une toile de Matisse, une femme en soleil, les seins abricot, une toile de 1906 après son retour de Corse – l’éclat du midi sur la nue surprise – ce midi-ci sur les quais de l’Arsenal, les femmes en tailleur cherchent le soleil, des terrasses lunettes de soleil, un lieu éclairé par le Projecteur – stars de rue, le rose s’expose – mode rose, esprit rose du printemps petite fille culotte – les voitures défilent en robes grises, processions urbaines continuelles.

J’enregistre les instants de vraie liberté dans les villes et en contrepoint noir les terreurs appliquées de l’humanité chétive.

Nuages sur les cités – rectangles blancs sur fond gris – ça se déverse humains en cascade – une foule houle brutale – pousse-toi, dare-dare, gare à toi – valises voyages piétinements successifs – dépêche-toi, cours, tu vas le rater – les aiguilleurs, les réseaux ne se préoccupent jamais de ton retard, de ta brouille hasardeuse avec le temps des machines – la masse est une armée inconsciente, perdue, déconstruite par le refus de la passion – en avant toujours les sacs en bandoulière, les provisions prêtes – une vacuité de l’espace ressentie comme hostile à une nouvelle disposition du plan – une proposition poétique du temps qui renverserait la crise du lieu vécu – dénicher déjà les décors favorables au déploiement illimité de passions inédites.

Je suis dans un autre Paris – j’ai seize ans – la haie d’arbustes dissimule sur le quai Notre-Dame – la bouteille de Get 27 pour une partie de la nuit à lire près de l’eau, à converser hors temps du temps en train de se jouer, des textes en présence, de nos corps amoureux et ivres, prêt à glisser dans la Seine ouverte – parce que tout est jeu Montesquieu – déjà l’idée que le texte est en nous, qu’il ne quittera pas nos corps en révolte belle – mais un jour l’un de nous s’est noyé, très écorché, saint Sébastien aux hospices. Maintenant, là, un petit bateau fend les eaux du port de l’Arsenal – sa fumée est effet d’orgue – j’entends un air révolutionnaire.

Cette nuit, des oiseaux dans les parkings – ivre vers la voiture, les haut-parleurs sur des pylônes perchés diffusent l’ambiance campagne en plein béton – ce spectacle est l’indice le plus parfait de nos sociétés téléguidées – les voitures rossignols du bitume chantent dans les sous-sols des villes.

Jour de feu – femmes libres aux pieds des bureaux Bercy-Bibliothèque – des lèvres comme dans un film abrupt.

La philosophie entretient un étrange commerce avec Mallarmé – aujourd’hui jour soleil à Paris – vélo vers la Seine – echos of mirrors – je me souviens l’été ce matelas sous la charpente de la Sainte Chapelle – les amours guidées sous les carillons – et respirer ensuite dos aux gargouilles l’air des hauteurs les torses nus sur la flèche – girouettes érotiques.

Le Mistral est un café béni des dieux – jeunes filles alertes – allez-y – aux bords des quais ville ouverte vers la pointe de la Cité et la miss Eiffel en hic – les théâtres opéra danse et le ballet mécanique incessant de Paris – le corps s’écrit en texte inattendu – laissez venir à moi les petits cris de joie glissades des mains – rendre au monde son énigme par la simplicité d’un geste.

Mosquée de Paris – soleil d’Afrique – précisions du corps en promenade du jour – temps silencieux de l’écriture en secret – à jamais invisible ce temps du corps enfui aux autres où se joue la rencontre – je dévoile des Vénus endormies au toucher près du jouir entre rêve et éveil – à côté de moi, je sens la gêne des femmes au voile – ce drôle de problème de la toison femme, des poils des cheveux – l’attrait des cheveux, sa consonance érotique évidente – celle du Titien en fleuve de mèches – il y aurait là, un danger sous le voile.

Femme en robe noire d’été cet après-midi sur la Butte-aux-Cailles – soleil sur ses cheveux châtains – Je pense aux italiennes.

Au soleil, après la misère de la Structure – un art de vivre sur ce boulevard, une paresse de guerre.

Le Louvre, antiquités orientales – « Que l’initié instruise l’initié, le profane ne doit pas voir ! » – « Les princes sont engourdis par le sommeil, les gens bruyants sont devenus silencieux, les dieux du pays, les déesses du pays, sont rentrés se coucher dans les cieux ; la nuit a mis son voile, le palais est endormi, les steppes sont silencieuses, celui qui chemine prie son dieu." » – Vieux proverbe hollandais : « Vóór herberg, achter bordeel », « Par devant une auberge, par derrière un bordel » – « Scène de bordel » de Frans van Mieris (1635-1681) : la courtisane sert du vin à un soldat, son corps-sage à demi délacé laisse entrevoir le sommet de ses seins – « éléphants de douceur » – amor docet musicam – les fontaines d’Hubert Robert – les gouttes d’eau pendant léger à l’architecture – pierre et eau : Rome.

6 heures – le Commerce ouvre ses portes – bientôt une banque au coin – mouvement imperceptible au nombre mais significatif d’un rythme latent, celui de la séparation et de la spéculation marchande.

Un détenu d’une prison française fracasse la tête de son co-détenu, en retire la cervelle en sang pour la manger crue – déchirer le cortex et bouffer la substance molle des connexions. Et moi, là, dans le café de la rue Pascal devant la serveuse en bustier noir qui remplit les salières – elle a le visage rond des modèles de Vermeer, me sourit longtemps, piercing brillant sur l’arête gauche du nez – mouvements de tête – peintures du maintenant – perles des instants – elle plie son tablier, libre ce soir.

Aujourd’hui nus – amours chuchotées – louve secrète des jouissances sans hic – l’étrangère dans mes bras – la lumière fait sa sieste – révélation de la baiseuse majestueuse, de l’étincelle au cœur, déclics des corps – les filles d’à-côté rêvent cette nuit dans ce bar de la Butte-aux-Cailles – mes cailles, mes jolies enjôleuses, allons faire souffrir le mignon – ruses de filles – tester – ne jamais se coucher – continuer le bluff – voir avant tout – perdre – le risque du jeu – cartes maîtresses – as – brelan – carré – suite – Ken Flush Royale – à cœur – la folie effeuillée en tête – « je sais ce que c’est d’être dévorée – il faut qu’il se passe des choses – j’aime bien ce que tu dis – j’ai jamais fais l’expérience – c’est ça qui me fait peur – la nausée ce mec – je touche pas à ce genre de truc – ça m’a dégoûtée – tous ces vieux dégueulasses – je t’épargne les détails – mal à l’aise, malaise – c’est assez fréquent » - propos acerbes entre filles ce soir – la crudité sexuelle et la moquerie des hommes – au mur, une accumulation d’instruments de musique – spots rouges du nocturne bien établi, red district et le rhum – une mélodie orientale enrobe les rires rares d’ici – c’est pourtant la Fête Nationale – la prise électrique de la Bastille.

Face au Luxembourg, soleil, au Petit Suisse – café et lectures – le désir de vengeance partout – ordre du spectre – on rénove le théâtre de l’Odéon – espace des mots en corps, visage vibré de l’angoisse maintenue.

Traversée sous le soleil – Paris travaillé par une mémoire amoureuse – l’anti-urbanisme des rendez-vous secrets – place Paul Albert derrière Montmartre, avec elle encore – la gourmande surprise, un accompagnement musical.

Je vais au Louvre souvent ces temps d’été – devant les deux cousines – l’éclat ranime les fantaisies – roide de dos robe raide pliée à souhait de jalousie feinte – regards fleurs sur les seins – ces tétons l’étonnent – si proche d’un éclatement du corset, la dentelle soulignant le haut du rose – le corps sait – caresse sur la soie cache seins – le bout poind son nez rose – pointes d’un ballet, triangle des enjeux.

Paris ciel gris en formation – à nouveau le jeu rencontre – amis pissenlits, cocktails empesés, déprimes ajoutées – et ce matin, naviguer dans les livres nouveaux – feuillette effeuille fouille – j’y vois pompes funèbres – y’a du monde au balcon éventail éventé du vent des livres – signifier par l’accumulation la haine de la lecture – j’écris donc je ne lis pas – en éclaicie limitée, lumière tamisée – le temps fait son lit.

De nouvelles étudiantes, une croix entre les seins, les sourires lolita et les pseudo-sérieuses chignons – chemisiers séductions d’entrée de jeu – la misère de l’université me paraît moins terne tout d’un coup – c’est passager monsieur, bientôt tu déchanteras, comme nous tous, victimes de la grisaille, quand ils viendront te chier dessus – tu as eu un accès de positif, un soleil éclat au cerveau, mais maintenant dorénavant regarde devant toi – tout se lézarde, les murs, les esprits – tu n’y peux rien – et pourtant elles sont jolies les jeunes étudiantes – elles habitent l’espace de leurs jeux, charmes discrets des enclanchements – aux murs des affiches jaunies de Matisse et Gauguin.

Odeur de brasserie ce matin, ciel dégagé – les moteurs ont repris leurs exercices.

Belle clarté du jour – liberté retrouvé du temps – Saint Paul sous le soleil – j’écarte les monuments, les pierres s’écroulent en un tendre chamboulement – détourner l’espace confiant de la ville – vivre dans un tableau d’Hubert Robert. Je suis aux Couleurs rue saint Maur – le café sera transformé, là encore, fin d’une aventure.

Dans ce café face Notre-Dame vers la vitre une jeune femme fume – elle regarde ses ongles, lève les yeux, me regarde, tourne la tête vers la vitre – elle est en jupe automne – elle se masse les joues, va partir au travail – la solitude n’a pas l’air de l’ennuyer – à côté, deux radiologues d’âge mûr parlent de leurs voyages, de leurs maîtresses, de leurs enfants, de leurs femmes – ils sont déjà vidés par la vie, les soucis du matériel, les plaisirs déçus – dehors pourtant, soleil froid lumineux – un serveur lance à la volée : « la première chose qu’on regarde chez une femme, c’est ses seins » - Ah ces seins assassins, ah c’est sain tous ces seins, le seing des femmes – une vieille histoire, maternité fécondité rotondité – arrondissement signalé, voies lactées du début.

Dehors le ciel est azur moiré virant au noir de l’orient – je traverse le pont, les lumières de Paris accompagnent mon jeu avec la ville – surpris par la beauté, toujours.

Plaisir de la fugue – la retrouver ce jour, en soleil bombé béni – dans ma géographie, elle est le sud, l’orient – la richesse de sa voix – maintenant madone des jeux subtils – un fin filet tissé de surprises.

Café Véronèse – un jour seul, se retrouver seul, incognito – s’armer d’une solitude heureuse à l’écart de tout et de tous et voir là le texte craché hâtif des autres – sur la table formica dans un coin, le « Temple du goût » de Voltaire, lecture attentive et plaisir des variantes – leçon du style – en diagonale du carrefour, les dorures du Dôme – l’espace d’un instant me revoilà, il y a quatre ans ici – le même serveur, les mêmes clients, les mêmes jeunes filles – et rien, aucune mélancolie ne me gagne – je savoure très seul en fait cette fortune du temps – cette possibilité secrète de mon esprit d’être à nouveau là à me réjouir des mêmes sensations.

Boulevard Magenta, temps gris bruine fine – les enseignes seules lumières : « l’empire du mariage », « le palais des princesses » – je vais vers elle – par tout temps, saisons appliquées à la chance de se retrouver.

Bar portugais à l’est de Paris, à l’écart du tumulte – rien ne reste de la surface des communications – sons perdus dans l’espace – le creux sidéral et sidérant des inanités, des écoutes brisées.

Il est des jours sans but, d’errance amusée dans la ville – de librairie en librairie, de café en café, de livre en livre – un plaisir sans fin de suspendre le temps du texte, du corps laissé aux rues, aux échoppes glacées, aux vitrines marchandes d’avant Noël – déambulation attentive et discrète, présence en marge des flux, tel un spectateur français – je me rappelle l’été dernier à la terrasse d’un café d’Odéon la rencontre avec une jeune autrichienne, peintre abstrait, perdue dans Paris – ne sachant plus quoi faire, travaillant tout le jour en grande banlieue, elle avait simulé une maladie imaginaire pour voir Paris le jour, sans désir, être là dans la ville, sans but – juste là, regarder les passants, les allures, les lumières de cet après-midi très clair – on parle un peu peinture – c’est son goût dit-elle – mais elle ne veut pas voir les musées, trop fatiguant – je lui parle de Delacroix – elle fait semblant de connaître – je lui parle des fresques de l’église saint Sulpice – elle ne connaît pas – elle m’avoue que ses peintures abstraites sont plutôt décoratives et qu’elle n’a aucune culture artistique – je lui propose de lui montrer les fresques, de l’accompagner, de profiter de ses temps libres à Paris pour que je sois son guide, voir le Louvre, les Watteau – elle me suit amusée du jeu improvisé – nous marchons en silence, simple promenade gratuite au soleil – on entre dans l’église – je la sens rétive et en même temps éblouie – les œuvres s’allument, tout tourne dans le jour et nous sommes dévorés par les couleurs – son portable se met à sonner – elle sort de l’église, elle disparaît d’un coup – le temps d’une improvisation sans suite, danse de marbre devant la joie en lutte.

La ville est une coquille d’échos – le creuset des conversations – le terrain d’activité des flâneurs. Je m’arrête sur des îlots, j’écoute les phrases au hasard, je saisi le fond des sentiments qui circulent – J’entends là, dans ce café près de la Seine : « Il faut apprendre les citations ».

Lionel Dax
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Nicolas Bouyssi



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MessagePosté le: Mercredi 28 Février 2007, 18:59    Sujet du message: impressions de Paris Répondre en citant

Ma sœur est morte hier matin, je l’ai appris dans le journal, c’est mon fils qui me l’a apporté. « Regarde, m’a-t-il dit, ici ils parlent d’une dame qui a le nom de tata, et ils disent qu’elle est morte. » C’était la page destinée aux annonces entre particuliers. Deux lignes y précisaient en effet sa mort. La phrase était sobre, et bien dans ses habitudes : nous ne nous voyions plus depuis des années. « Tu sais, ai-je répondu, cette femme, je crains bien que ce soit ta tata. » J’ai un enfant sensible, pas comme moi, c’est un exalté, il tient ça de sa mère. Il s’est mis à pleurer. Moi, je me sentais sec, je n’arrivais pas à réagir, pas à penser. En fait, je n’arrivais à rien. J’ai replié le journal, après avoir lu les grands titres, puis je l’ai jeté dans un coin. Je devais sortir, c’était urgent. La tête vidée, je suis allé cirer mes chaussures.

Françoise, ma sœur, était l’aînée. Je l’adorais, mais nous nous étions brouillés, à cause de ma femme, que j’avais trompée, un mauvais souvenir. J’avais beaucoup bu, c’était un soir de fête, un moment d’égarement. La fille était laide, blonde, des jambes mal épilées, un petit cou, des seins énormes, tout le contraire de Rachel. Ma sœur l’avait su, et ne l’avait pas supporté : « Et maman, que dirait-elle, tu y penses à maman ? » Je n’avais pas pu en rester là, j’étais assez mal comme ça. J’avais éclaté de rire. J’avais serré les poings et je l’avais giflée. « Julien, ai-je demandé, tu sais où est le cirage ? » Mon fils était déjà reparti, sans doute à l’étage, dans sa chambre, ou peut-être dans le grenier, pour méditer à la façon d’un enfant de son âge, dans le noir, le bois et la poussière, parmi les souvenirs et les toiles d’araignées. Il ne répondait pas. Peut-être que je le choquais aussi, il aimait bien ma sœur et ne devait pas comprendre comment, dans un moment pareil, je restais comme la veille, souriant, paternel et sûr de moi, à me préoccuper de cirage. En grandissant, il découvrait une part insoupçonnée et décevante de son père, mes lèvres pincées, mon front austère. Il n’aimait pas ça. « Julien, ai-je répété en haussant le ton, tu pourrais quand même répondre à papa, papa t’appelle, est-ce que tu sais où est le cirage ? »

Ma sœur n’avait pas supporté la gifle. Elle était devenue toute rouge, lèvres tremblantes, les poings également fermés. Puis elle m’avait craché à la figure. C’était une femme de caractère, elle tenait ça de notre mère, sans doute. Ensuite, Rachel, ma femme, m’a quitté, elle aussi, et nous nous sommes partagé la garde du petit. Julien était encore bébé, un beau bébé, les joues, les cuisses et le zizi bien fermes. Tout ça ne me rajeunit pas. Les couches, la période des couches, et avant ça la grossesse et les cris, et après ça le développement du corps et de l’hostilité ; et puis je devais toujours sortir, pour rejoindre Pascale. Il n’était pas question que je la retrouve avec des chaussures non cirées ; par principe ; en quelque sorte. « Julien, ai-je crié, tu vas répondre à ton père à la fin, où es-tu espèce de crétin ? tu sais, écoute-moi, je vais te dire : tout le monde meurt, c’est comme ça, il ne faut pas pleurer, mamy est morte, papy est mort, moi aussi je mourrai, mémé aussi, pépé aussi, et puis maman, et toi aussi, tous on mourra. » Françoise avait beaucoup pleuré, elle, quand maman était morte. Moi j’étais déjà resté sec, dans mon coin, à boire du porto en regardant la télé, avec mon père. Julien ne réapparaissait pas, toujours dans sa chambre, ou son grenier, à faire sa pose. J’allais être en retard ; je me suis énervé. Françoise s’énervait difficilement, c’était une femme patiente, une femme comme notre mère. Rachel aussi était patiente. J’avais connu des femmes formidables, toutes attentives, toutes aux petits soins, des femmes qui m’avaient consolé, avaient dû prendre sur elles pour me passer mes caprices, des femmes admirables. En m’entendant hurler, Julien est réapparu, il avait les joues rouges, d’avoir tant pleuré. Ça lui donnait l’air bouffi, un peu stupide, un regard d’idiot. « Je veux rentrer chez maman », m’a-t-il dit. Il gémissait, il semblait vieux, déjà pénible. « D’accord, ai-je dit, va pour ta mère ; mais réponds d’abord à ma question. »

Le cirage était sous l’évier, dans une bassine, avec la serpillière. J’ai ciré ; j’ai longuement ciré à l’aide d’un chiffon, un ancien collant de Rachel. Puis j’ai préparé silencieusement le sac de mon fils ; et nous sommes sortis. Après l’avoir raccompagné chez sa mère, j’ai tâché de retrouver Pascale. Nous avions rendez-vous dans un café, près de la rue de Compiègne ; elle était déjà repartie. Peut-être qu’elle était morte, elle aussi. De toute façon, il faudrait bien que ça lui arrive un jour, alors pourquoi pas maintenant ? Je l’ai appelée sur son portable ; elle n’était pas morte, mais furieuse : « C’est dingue, je t’ai attendu une demi-heure », protestait-elle. Je lui ai expliqué pour ma sœur. Elle s’est d’abord tue, a ensuite paru désolée. Plus que moi. Elle aussi, c’est une femme formidable.

Elle me demande ce que je veux faire. Je lui réponds que je veux la retrouver chez elle, besoin de faire l’amour sans doute, pour conjurer la mort. « C’est classique, ai-je ajouté, on trouve ça dans tous les livres. » Elle a compris. Touché, j’ai senti ça au niveau du cœur, j’ai eu envie de lui offrir quelque chose. Je suis allé aux Halles, lui acheter une robe rouge, elle en possédait déjà une collection. Ensuite, j’ai un peu traîné parmi les niveaux, je souhaitais voir du monde. A la caisse de la Fnac, devant moi, il y avait un vieux type, des Que sais-je ? plein les mains. L’un d’eux était sur le plancton. J’ai regardé sa tête, ses rides, son cou de poulet ; ses mains tremblaient ; j’ai trouvé ça fou ; j’avais presque envie de l’embrasser. Puis j’ai pris la ligne 4.

Pascale habite dans le XVIIIe, près de la station Château-Rouge : « Un quartier marrant », dit-elle. C’était une heure d’affluence. Depuis Les Halles, j’étais comprimé au fond de la rame, entre un gros type qui me bourrait les côtes avec sa sacoche et deux femmes noires en boubou. En arrivant à Château-Rouge, la rame a paru se vider d’un coup. Jai dû longer les wagons, pour éviter la foule. Au moment de la sonnerie, j’étais à droite d’une porte encore ouverte : un adolescent s’est jeté sur moi. Il m’a arraché mon sac et poussé vers l’intérieur. Je me suis vautré parmi les strapontins. En me relevant, j’ai eu le temps de voir le type, hilare, me faire des doigts tandis que la rame redémarrait.

Pascale avait sorti le grand jeu, rouge à lèvres, bas noirs, chaussures à talon, soutien-gorge en soie, elle était assise sur son fauteuil, la culotte baissée, les mains sur les seins et les jambes ouvertes. Nous avons fait l’amour longuement, d’abord dans la cuisine, puis dans le couloir et la salle de bains. Je suis rentré peu après, j’avais envie de passer la soirée seul. J’ai fait un détour par l’épicier, besoin d’acheter une bouteille de vin, et par le Chinois, histoire de manger un peu avant de la boire. Françoise me répétait souvent que je buvais trop. D’ailleurs, elle était persuadée que je mourrais avant elle ; Rachel aussi, avant de me quitter, le pensait.

Une fois chez moi, je suis directement monté au troisième étage. Ma sœur avait préféré toucher l’argent, après la mort de notre père. J’avais donc hérité de la maison familiale, une belle demeure placée dans une rue tranquille, du XIVe arrondissement. De la fenêtre de ma chambre, je vois la tour Montparnasse, un bout de la tour Eiffel et beaucoup d’autres monuments. Une des pièces était restée fermée pendant deux ans ; j’ai récupéré la clé dans un des tiroirs de mon bureau. C’était une pièce vide.

Si c’était la chambre qu’avec ma sœur nous avions partagé quand nous étions enfants, à la manière de mon fils mais beaucoup plus saoul, je m’y serais réfugié pour penser, je me serais convaincu que j’avais toujours su que Françoise mourrait avant moi. Il y a des théories comme ça, sur ce qu’on peut apprendre de la mort de quelqu’un en regardant son visage, et elle n’était plus heureuse, Françoise. Peut-être aussi que je l’espérais, elle morte, la possibilité de retrouver cette chambre : la pièce aurait senti la moquette, les volets auraient été fermés, j’aurais allumé la lumière, une petite lampe violette en forme de corolle fixée à droite de la porte d’entrée. Et près du vieux lit rouge superposé, punaisés aux murs et puis jaunis, il y aurait eu les posters des chanteurs aimés de notre génération. J’aurais ouvert une malle, elle aurait été pleine de revues, des revues pour jeunes filles vierges : toute une collection aux couvertures gondolées, des couleurs pastels. J’en aurais feuilleté une. Les jeunes filles y auraient souri, étant dans la primeur de l’âge. Françoise, me serais-je dit, Françoise, Françoise, maintenant que tu es morte, que vais-je devenir ? Mais c’était une pièce vide. Le téléphone a sonné. C’était Pascale : « Je te rappelle », ai-je dit.
Après son coup de fil, repensant à ce que nous avions fait dans le couloir et la cuisine, je me suis dit que j’aurais été plus malin en restant avec elle. Je me suis ravisé en me resservant un verre de vin, un grand verre de vin que je n’ai pas tout de suite bu. J’ai préféré vider d’abord la bouteille. Ma tête tournait ; d’un certain point de vue, comme ça, à moitié ivre, j’ai eu le sentiment de n’avoir jamais autant pensé à ma sœur que depuis qu’elle était morte. Julien était désormais avec sa mère, qui lui lisait des histoires pour l’endormir, sans doute à lui assurer que j’étais fou.

Je suis entré dans la pièce, et j’ai observé les murs. La peinture était écaillée. Il y avait des toiles d’araignées un peu partout. Pas de posters ; pas de malle ; pas de lit rouge superposé. Je suis redescendu au premier étage, et j’ai allumé la télé. C’était la publicité : de jeunes femmes athlétiques couraient, d’autres préparaient joyeusement des salades monstrueuses en les recouvrant d’huile d’olive. Sur une autre chaîne, un animateur chauve en tricot de corps, au visage couvert de crème à raser, se dirigeait vers le public en hurlant, avec dans les mains des bouteilles d’eau qu’il déversait sur le public, une enfant vêtue d’une robe courte, un vieillard en salopette. Tout le monde riait et mon fils pleurait pour un mot. Pourtant, il n’avait pas vu sa tante depuis trois ans, il était encore jeune. Pourquoi pleurait-il comme ça ? Et pourquoi pas moi ? J’ai regardé mes chaussures, mes chaussures impeccablement cirées. J’ai eu envie de les salir, puis je suis remonté dans la pièce vide. Ça n’avait jamais été notre chambre, mais le bureau de notre père. Après sa mort, il y a deux ans, on avait vendu les meubles ; le bureau avait été complètement nettoyé, et les travaux nombreux ; je n’avais pas eu le courage de le réaménager. J’ai fini la bouteille. J’ai fini mon verre et je suis redescendu en acheter une deuxième. La soirée s’annonçait mal. Je me suis endormi.

En me réveillant, j’ai repensé au journal. J’avais encore mal au crâne. J’ai eu envie de relire l’annonce. Qui l’avait écrite ? Elle, avant sa mort, déjà moribonde ? Mais de quoi était-elle morte ? Ou quelqu’un d’autre ? Mais qui ? J’aurais bien aimé le rencontrer, cet inconnu, s’il existait, pour qu’il me parle de Françoise, de ses derniers moments. Lui avait-elle parlé de moi ? C’était trop tard : on l’enterrait dans deux jours. « Je ne verrai plus ma sœur », ai-je conclu, en rentrant dans le salon.

Le journal était tombé près de la bibliothèque. J’ai eu beau le relire, le faire-part a continué à me fasciner par sa brièveté. C’était peut-être une forme de vengeance.

Peu après, je cherchais le tire-bouchon. J’étais en pyjama quand j’ai repensé au vieil homme, à son besoin d’apprendre si vieux. Se perfectionner, aller de l’avant. Nous sommes pareils, me suis-je dit en me resservant un verre de vin. Puis j’en ai eu assez de tourner en rond, dans mon salon. Incapable de lire, d’écouter de la musique, je me suis rhabillé, je suis ressorti et j’ai marché. J’ai fini par prendre un taxi, je lui ai donné l’adresse de Pascale. Elle n’était pas là. Le lendemain, je suis remonté dans la pièce vide, celle dont la peinture s’écaillait. J’ai rappelé Pascale : « Je te quitte, lui ai-je dit, j’ai de la peinture à faire. »
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Nicolas Bouyssi



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MessagePosté le: Dimanche 11 Mars 2007, 2:52    Sujet du message: Impressions de Paris - suite Répondre en citant

Le matin, il m’arrive parfois, plongé dans ma lecture, de croire que ma station de métro est la prochaine. Mécaniquement, pendant que la rame commence à freiner, je me lève, je referme mon livre, et, au dernier moment, devant la porte ouverte, je me rends compte que j’ai mal mesuré le temps. Ma station était la suivante. Je suis tellement timide que je n’ose pas me rasseoir, et je sors. C’est embêtant, cette timidité : ça m’oblige à attendre le métro d’après. Je perds du temps.

Une fois, comme ça, je suis arrivé en retard au travail. Je n’aime pas arriver en retard au travail. Certains de mes collègues, eux, ne se gênent pas, et encore, en arrivant, ils se plaignent. Ils se plaignent toujours d’ailleurs : de ne pas pouvoir rester couchés plus longtemps, de ne pas être en vacances — et c’est le café qui est trop chaud, et c’est le café qui est trop froid. Ou bien c’est le temps. Ou ce sont les clients. Pour moi, j’ai des défauts, je suis timide, mais on ne peut pas m’enlever ça : je fais bien mon travail, et je n’aime pas me plaindre.

En fait, quand j’ai vu que j’allais arriver en retard, j’ai eu peur que mes collègues (ceux que je n’aime pas, ceux qui se plaignent), se moquent de moi. J’ai hésité, j’ai eu honte. Puis je suis rentré. Une fois dans ma chambre, j’ai bien compris que je ne pouvais pas en rester là. Je me suis assis sur mon lit. J’ai fait quelques abdominaux et j’ai appelé la secrétaire. Je lui ai expliqué que j’étais malade. "Mal de gorge", ai-je prétexté, et j’ai raccroché. Te voilà bien, ai-je pensé, avec tout ça, il va falloir que tu ailles chez le médecin, maintenant.

J’étais en bonne santé, et je ne voyais pas trop quoi lui dire pour le rendre complaisant, lui faire accepter de remplir, sans motif, une feuille de sécurité sociale. J’ai réfléchi, mais avec mon caractère, ce n’était pas facile d’inventer des mensonges. Déjà, j’avais menti à la secrétaire. J’avais bien senti, d’ailleurs, qu’elle ne m’avait pas cru. A fortiori, qu’allait penser le médecin de mon attitude ? C’est sûr, elle le décevrait. Je le connaissais, c’était un homme honnête, un travailleur. Il la trouverait puérile et me renverrait de chez lui, sans un mot.

Après m’être longuement douché, j’ai fermé les volets, j’ai tiré les rideaux. Plus que tout, je craignais qu’on m’appelle. Je m’imaginais mal raconter, à qui que ce soit, ma matinée. Je voyais ça, c’était déplorable, on ne me ferait pas de cadeaux. J’ai refait quelques abdominaux, je me suis brossé les dents. J’ai lavé la vaisselle. Ne sachant plus comment m’occuper, j’ai débranché le téléphone.

Je n’avais pas faim, j’étais tendu. J’avais remis mon pyjama. J’ai essayé de dormir ; aucun résultat. Couché, j’ai vu dans un coin de ma chambre une toile d’araignée. Après l’avoir détruite, j’ai préparé une lessive. Vers midi, toujours noué, incapable de dormir, je me suis rhabillé pour aller voir le médecin. Je ne suis pas allé bien loin. Complètement démuni au niveau des boîtes aux lettres, je suis remonté. Il faisait assez beau : j’ai écouté un peu de musique. J'ai feuilleté des magazines. C’était terrible, je m’ennuyais. En même temps, je ne savais toujours pas quoi faire pour me justifier. Le lendemain, après une nuit blanche, je suis de nouveau resté chez moi. C’est la secrétaire qui m’a réveillé.

De toute façon, j’avais eu tort de rebrancher le téléphone, j’étais encore couché. Je venais de faire un rêve bizarre (une histoire de ventouses et de cubes), je bredouillais. C’est fou comme je me sentais mal : un supplice. Pour noyer ça, à peine levé, j’ai bu un verre de vin ; puis deux — puis trois. Pour finir, j’ai vidé la bouteille. Titubant, j’en ai ouvert une autre. Assez rapidement, donc, j’ai perdu le fil de mes idées. Je m’étonnais. D’habitude je ne supporte pas la confusion, et dès qu’on a bu, on ne se maîtrise plus, la voix se traîne, la pensée se troue, c’est intenable. J’ai refait une lessive, ça m’a pris du temps. Je n’avais plus aucun réflexe. J’ai rempli la baignoire et je me suis recouché.

Le lendemain, la baignoire vidée, je me suis rendu compte que j’avais lavé du linge propre. J’ai rouvert mon placard, vu qu’il me restait une demi-bouteille de pastis et j’ai remis ça. Pendant que je cherchais des glaçons, la secrétaire m’a rappelé. Je n’allais pas le lui reprocher. C’était son métier. Elle avait raison de le faire.

C’était ma faute aussi. La veille et l’avant-veille, je lui avais dit que mes maux de gorge n’étaient pas si graves, et que je serais de retour le jour suivant. J’ai tenté de plaisanter. Elle n’a pas vraiment ri. Nous parlions de choses insignifiantes. Cependant, disait-elle, même si ma réputation était bonne, et qu’on s’inquiétait pour ma santé, il fallait que je fasse attention, j’étais tellement vague dans mes explications, je n’arrêtais pas de m’embrouiller. Des bruits couraient. On en venait à penser que je restais chez moi, par flemme. Une telle accusation, c’était l’horreur, ça ne pouvait pas être pire. Une infamie. Comme j’étais mal ; ça me rongeait le ventre. Je ne savais toujours pas quoi faire. Maudite timidité, me suis-je dit. Puis je me suis recouché.

Le lendemain, me sentant misérable et fatigué, encore à moitié ivre, j’ai eu ma première crise de larmes.

D’un certain point de vue, elle me plaisait cette crise : ça signifiait que j’allais mal. Je n’étais pas si fourbe : j’étais sur la bonne pente. J’ai senti le moyen de m’en sortir. J’ai rouvert une bouteille de vin, que j’ai tenté de boire cul sec. J’ai été malade toute la journée. Au bout d’une semaine, à ce rythme-là, j’ai eu des vertiges, des maux de tête et des nausées. C’était formidable. J’étais complètement malade. J’en ai profité pour aller chez le médecin. Il m’a accordé un arrêt maladie d’un mois. Les premiers jours, j’ai beaucoup dormi. Puis je me suis mis à faire la fête.

Je le sais, être festif, il y en a pour qui c’est une seconde nature. Ce n’est pas mon cas. La fête, c’est mon idée (c’est ce que je dis), c’est toujours la même histoire. On arrive, on sourit, on boit, on danse. On parle. Et le lendemain, on a tout oublié. Pourtant, c’est de cette forme d’oubli que j’avais besoin. Je suis sorti. J’ai fréquenté des bars. Je me suis amusé. J’ai fait ça plusieurs soirs. Et j’ai pris l’habitude.

Au bout d’une semaine, c’est évident, j’étais déphasé. Je passais mes après-midi à croquer des Doliprane, allongé dans mon bain. La secrétaire ne m’appelait plus, c’était déjà ça. En même temps, ça m’étonnait, je changeais. Ma mauvaise conscience se dissipait. En outre, j’y prenais goût, à mes sorties. Je me faisais des amis. Je séduisais. Je riais à en pleurer. Je n’avais jamais connu ça.

Il restait peu de temps avant la fin de mon congé. J’étais heureux. J’étais bien. Il faut dire que j’en avais profité. Le jour de mon retour, mon réveil n’était pas branché. Je ne me suis pas réveillé. Vers midi, abruti, sursautant, je me suis regardé dans la glace. J’ai eu peur. J’avais grossi, je ne me reconnaissais pas. Je me suis demandé ce que j’allais devenir.
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