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Nicolas Bouyssi



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MessagePosté le: Vendredi 16 Février 2007, 12:20    Sujet du message: Dernière nouvelle Répondre en citant

Je n’aime pas Paris. C’est une ville que je hais et dont je parle pour complaire à mes souvenirs d’enfance, à l’idée jacobine (aussi) qu’on se fait d’une grande ville dans ce pays. Mais à bien y regarder, vraiment, cette ville m’emmerde. Maintenant, le pire est qu’il faut que je me justifie, que j’arrive avec mes arguments bien classés, inattaquables et rutilants, bien proprets, bien logiques, pour qu’on me foute la paix. Eh bien, je dirais comme le grand écrivain péruvien Esteban De Mos que je n’aime pas Paris parce que je préfère Lutèce (« No me gusta Paris y prefiero Lutecia »). Bon… Ce que je viens de dire est encore plus con. Il faut que je me ressaisisse, et que je prenne le temps (aussi) d’effacer les phrases qui me gênent, trop aigres, trop rentrées, trop vindicatives, histoire de donner à la postérité une image de moi qui semble un buste en fonte.

Je recommence. J’aime Paris. C’est la plus belle ville d’Europe, intouchée par les guerres, sauvegardée par les nazis, ravalée par de Gaulle, embourgeoisée par Chirac et vélocipédisée par Delanoë, elle est à la fois ancienne et moderne, bien ancrée dans l’histoire et prête à relever les grands défis du nouveau millénaire... Ça continue de grincer. Encore une phrase comme ça et on va me croire nihiliste : ça ferait du vilain chez les gustaves d’en face. Mais alors, qu’est-ce que je pourrais bien dire de Paris ? Proposer des promenades aux trentenaires sous forme de marelles surréalistes ? Trimballer mes plus baths de citations pour me mettre les universitaires (et les jeunes filles influençables) dans la poche ? Réfléchissons. Ça ne vient pas. Peut-être qu’en buvant un coup de pinard ? Mouais. Ce serait trop facile. Digérons léger (id est : restons à la Badoit). VIT et haBITE à Paris, je peux commencer comme ça. Non. Insensé, et vulgaire. Existe et séjourne en permanence dans la capitale, c’est mieux.

Je m’appelle Bibi et j’existe et séjourne en permanence dans la capitale. Tous les jours, c’est moi qu’on voit dans la rue de Rennes, au Forum des Halles, à renifler le cellophane des DVD collector dans les grosses Fnac. Mon rapport à l’urbs et ma façon d’interroger l’urbanitude est très ancien : il débute avec ma naissance, à l’époque où ma bonne mère me trimballe dans une poussette. Mes souvenirs sont indissociables de beaucoup de noms de rue, et le soir, au volant de ma Fiat Punto, ils vrillent ma tête comme un grand feu de Bengale. Lorsqu’on me pose la question, je réponds que je ne pourrais pas vivre ailleurs, et surtout pas en province, qui m’évoque des images folles de pandémonium à fennecs et de maison de retraite sadique. Très peu pour moi, en somme, les réunions de glandeurs qui boivent de la bière aux terrasses vides de rues piétonnes où passe de la musique ignoble. Donc, pour répondre encore à la question, Paris est ce qui se fait de mieux en France. C’est vous dire.

Je viens de me relire. Ça continue de sentir son grand macaque hostile. Le pire est que je l’ai envoyé, ce texte, aux commanditaires dans un petit accès de complaisance, du type : « Tout ce que je fais est parfait » et il y aura toujours un ou deux loustics pour me dire que j’ai chié tout haut ce que eux pensent tout bas. Les commanditaires, c’est Leroy-Merlin : ils ont décidé de réunir des toquards inconnus pour les faire bavasser sur la ville : c’est vrai que parler de mobylettes et de banlieue pourrie c’est quand même plus bandant, question contemporanéité des postures, que de chanter les vaches qui broutent sous la pluie. En attendant, c’est qui qui vient de se faire tout un gros tas de nouveaux copains ? C’est Bibi, et Bibi il faut qu’il se calme, qu’il prenne son calmant, qu’il arrête de suer comme ça, qu’il aille se coucher. Bibi, maintenant, il va être gentil. Il va téter sa Mimi. Et merde, c’est décidé : je ne donnerai plus de nouvelles.
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