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investir un parc

 
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Christophe Kihm



Inscrit le: 18 Mai 2006
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MessagePosté le: Lundi 21 Août 2006, 10:53    Sujet du message: investir un parc Répondre en citant

Quelques réflexions sur le parc de La Villette à Paris, à l'occasion d'interventions d'artistes produites dans ce même parc. Les photos des œuvres énoncées ici, des renseignements plus complets sur la manifestation comme le texte qui suit, sont consultables sur un catalogue en ligne : http://www.villette.com/fr/pdf/champs.pdf
C.K.



Des corps surnaturels

Je me suis toujours demandé dans quelle mesure un parc, situé au sein d’une ville, comme celui de la Villette par exemple, pouvait entretenir une quelconque relation avec l’idée de nature. On y trouve bien des «éléments naturels», depuis les pelouses jusqu’aux arbres ou encore avec l’eau qui baigne le canal, mais tout y est architecturé de telle sorte – les découpes des espaces verts étant distribuées en fonction des bâtiments, ces bâtiments eux-mêmes posés comme des bornes dans l’espace –, que l’idée de nature y disparaît au profit d’une hiérarchie où les signes de la nature figurent au titre d’une organisation supérieure.
Dans ce parc, en effet, comme dans d’autres jardins publics, ce qui prévaut est bien une forme de clôture, d’enclos qui, structurant la répartition des éléments, détermine le sens des points de vue comme celui des déplacements. Ainsi, les espaces à parcourir sont-ils aussi des espaces à lire, qui présupposent la logique d’un plan et d’un programme esthétiques dans un nombre fini de trajectoires où chemins, ponts et passerelles, rythment un découpage de l’espace que le marcheur ne vient que souligner.
Aux différences de conceptions entre les parcs correspond symétriquement l’éventail de leurs usages possibles. La spécificité de la Villette, à ce titre, tient dans sa relation soutenue à l’architecture, au bâti et au monumental. Le «naturel» y est en effet enserré dans un carcan de métal et de surfaces de verres, de dômes et de hangars gigantesques ; il y est délimité par des chemins pavés et des marches de béton qui lui offrent un théâtre, celui de «l’industrie et de la science», distribuant à son tour des rôles et des fonctions aux signes selon les termes d’une dramaturgie spécifique. S’il faut retenir un enseignement de ce lieu, il ne peut donc être contenu dans la métaphore d’un «théâtre de la nature», mais tout au contraire dans l’affirmation d’un spectacle où fusionneraient les éléments, les espaces et les temps, dans une étrange harmonie des cultures.
Lorsque j’ai visité le Parc de La Villette le dimanche 11 septembre, suivant un programme culturel où interventions et performances se succédaient à un rythme soutenu – impliquant donc un usage spécifique du parc –, m’est apparue, au travers de certaines œuvres présentées (je pense ici tout particulièrement à l’installation de Michel Blazy et aux interventions de Massimo Furlan, qui en ouvraient au plus large le spectre), comment de nouvelles bornes ou de nouveaux signes disposés dans le parc pouvaient en faire basculer le sens vers le «surnaturel».
Le surnaturel, littéralement, désigne ce qui est au-dessus de la nature, ce qui ne peut être expliqué par elle. S’allonger au sol et coiffer un casque pour plonger dans le bruissement d’une population d’oiseaux sans en percevoir les présences physiques avec Michel Blazy (l’arbre est truffé de micros, de morceaux de pains et de graines, son feuillage leur offre un camouflage naturel) est une expérience qui relève du surnaturel. Croiser au fil de ses déambulations une cohorte de cinq Superman moustachus, muets et imperturbables, tantôt à vélo, tantôt en barques ou bien allongés au sol, soulignant les limites et les clôtures du parc dans une mission de surveillance et de vigilance ininterrompue avec Massimo Furlan en est une autre.
Dans les deux cas, il s’agit pour les artistes d’intensifier une réalité, le surnaturel se détachant du naturel par des écarts et des excès qui demeurent inexpliqués. Ces écarts ne recoupent pas nécessairement ceux qu’engagent la fiction dans son rapport à la réalité, à travers une opération où cette dernière se dédouble pour s’inventer des formes nouvelles, imaginaires. À l’inverse, même, le surnaturel dispose d’une propriété spécifique : faisant partie intégrante de la réalité, il pose une énigme insoluble à ce qui en fixe les lois, à savoir la nature. Cette énigme est d’autant plus effectivement rendue qu’elle s’installe dans un parc où se joue une certaine «fiction de la nature», qui semble ouvrir généreusement ses portes au surnaturel.

Christophe Kihm
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Christine Macel



Inscrit le: 18 Mai 2006
Messages: 3

MessagePosté le: Lundi 18 Septembre 2006, 13:43    Sujet du message: château faible Répondre en citant

A l'occasion du Printemps de Cahors en 2000, Michel Blazy a réalisé un château en terre "Château-fort" (je dirais plutôt Château-faible, a posteriori). Surnaturel est bien le mot pour décrire ce qu'il avait créé dans le jardin du chevet de la cathédrale Saint-Etienne. Les étudiants en art qui nous aidaient à réaliser la sculpture traversaient la ruelle derrière la cathédrale avec des seaux, bassines et pots de fleur remplis à ras bord de terre chargée en graine. Ce petit manège contre nature a duré plusieurs jours. Le clergé qui se préoccupait des réactions de ses ouailles veillait à ce que le pourtour de la cathédrale ne soit pas envahi par la terre chue des pots.
Le processus de dégénerescence lent du château fut quant à lui tout à fait naturel. Les mauvaises herbes l'envahirent, les tours s'effondrèrent, et telle une ruine du Moyen-Age, le château disparut peu à peu.
Ou comment réaliser une oeuvre naturelle biodégradable.


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alain bublex



Inscrit le: 18 Mai 2006
Messages: 9

MessagePosté le: Mercredi 22 Novembre 2006, 10:52    Sujet du message: Répondre en citant

... Les parcs et les autoroutes partagent en effet une caractéristique essentielle. Tous sont des espaces clos, très clairement délimités, des territoires isolés de leurs environnement immédiat et régis par des règles qui leur sont propres. Ce sont des espaces totalement spécialisés, des espaces artificiels où l’aspect même de la nature est entièrement recréé en fonction de leurs usages. Ils sont adaptés exclusivement à l’automobile pour l’un, et tout aussi exclusivement à la marche à pied pour l’autre.

Ils valent principalement de cet isolement. On les parcourt dans leurs limites strictes, entre l’entrée et la sortie, et dans leur vitesse propre, sans contact avec leur environnement immédiat. L’autoroute et le parc sont deux territoires dans le territoire, des lieux à part qui sont unis dans une même relation à la vitesse...


(quelques lignes extraites d'un texte présentant le projet d'une intervention pour un autre parc, lui aussi en région parisienne.)
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