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ENQUETE URBAINE : Thomas Clerc

 
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Elie During



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MessagePosté le: Vendredi 18 Mai 2007, 12:58    Sujet du message: ENQUETE URBAINE : Thomas Clerc Répondre en citant

UNE ENQUÊTE URBAINE

Comme vous le savez sans doute, l’exposition « Airs de Paris » a ouvert ses portes le 25 avril au Centre Georges Pompidou dans le cadre du trentième anniversaire de l’institution.
Nous avons lancé à cette occasion une brève enquête par voie électronique auprès d’environ 120 artistes, architectes, urbanistes et chercheurs spécialisés dans les questions urbaines. Cette proposition entend modestement renouer avec la tradition des enquêtes conduites au siècle dernier par les revues artistiques aussi bien que par les musées.

Voici les deux questions qui nous ont semblé devoir être posées :

1. Quelles sont les transformations contemporaines les plus significatives du milieu urbain et de la construction architecturale ?

2. Quels sont les outils d’analyse, les concepts, les œuvres ou les techniques qui vous paraissent le mieux en tenir compte à l’heure actuelle ?

Les réponses peuvent, bien entendu, être de toute longueur et inclure des éléments de toute nature (texte, photographies, liens internet, etc.). Elles peuvent développer un point de vue général, ou se concentrer sur tel ou tel phénomène particulier.
Nous publions ci-dessous une des premières qui nous soient parvenues. Nous la devons à Thomas Clerc.

Elie During, Laurent Jeanpierre
Animateurs du Forum « Airs de Paris »




THOMAS CLERC

"Airs de Paris"


1) Quelles sont les transformations contemporaines les plus significatives du milieu urbain et de la construction architecturale ?

Je ne suis évidemment pas qualifié pour répondre ni en tant que spécialiste du « milieu urbain » ni de « l’architecture contemporaine », mais en simple citoyen qui habite à Paris depuis qu’il est né (1965) et comme écrivain qui publie en septembre prochain Le 10e arrondissement, première pierre d’un « Paris, musée du XXIe siècle », aux éditions L’arbalète Gallimard. J’espère pouvoir offrir à terme (quand ? 10, 20, 40 ans ?) une description générale de Paris dont j’ai toujours rêvé, sur les traces sacrées de Perec, Baudelaire & Benjamin. Programme in progress, donc, et dont je fantasme idéalement la totalité, même s’il y a peu de chances que j’y arrive.
Ma première réponse, étant entendu que je n’y connais rien, est purement existentielle : je suis né à Paris, j’y vis et j’y mourrai très certainement. De plus, je me déplace extrêmement rarement, non par goût mais par absence d’occasion. Je ne peux donc parler que du cas de Paris. Pour ce qui est de la construction architecturale telle qu’elle m’apparaît, j’ai l’impression qu’on traverse une phase d’anti-intellectualisme architectural, au sens où très peu de réalisations intéressantes sont sorties de cette phase a-théorique. Le dernier monument génial est selon moi le Centre Pompidou, ça remonte à loin (77, croisant d’ailleurs la vague punk). L’archi des « 30 glorieuses » me semble atroce à Paris, quand on la compare aux années 30, notamment pour ce qui est de l’habitat. Je déteste le fonctionnalisme brut (type Préfecture de Paris) ; le sommet du pire est la place des Fêtes, à cause de la version bas-de-gamme, mais les résidences luxe des années 60 des quartiers riches sont très moches aussi.
Ce fonctionnalisme brutal (dénoncé par Sartre dans son autoportrait filmé) est l’envers connu du gaullisme. Mitterrand a poursuivi la tradition avec des réalisations toutes plus ringardes les unes que les autres parce qu’il a cautionné des choix néo-symbolistes (c’est la « touche de gauche » destinée à donner un sens ou une humanité au technocratisme droitiste). Ca donne la BNF (et son symbolisme plouc du livre ouvert), ou l’ignoble « arche de la fraternité » dont j’appelle de tous mes vœux le dynamitage, ou enfin l’Opéra Bastille, sinistre et mal fait, déjà endommagé, etc. On ne peut pas comprendre la résistance conservatrice des verts et autres par rapport à l’architecture contemporaine la plus audacieuse (Rem Kolhaas blackboulé des Halles) si on ne prend pas en compte le traumatisme total du fonctionnalisme 45-85 (difficile de dater son déclin). L’oublier (et comment ? il suffit d’aller dans le 15e), c’est s’obstiner à ne pas comprendre l’histoire. De ce point de vue, et même si je déplore l’absence d’audace de la création architecturale parisienne, il est important de ne pas omettre le poids du passé. On comprend donc que l’architecture soit aujourd’hui « modeste », du moins telle elle m’apparaît. Après tant de cruauté, nous sommes dans une ère de triste docilité. A partir des années 90, cependant, l’habitat moyen est bien plus réussi que celui des décennies précédentes. Il y a progrès dans les unités d’habitations (par exemple l’habitat près de la BNF). Du point de vue des grandes réalisations, on (moi jeune) espérait beaucoup du postmodernisme apparu à partir des années 80, comme tournant nécessaire aux crimes urbanistiques. Il n’en a rien été, puisque le bricolage postmoderne, la citation, le pastiche, l’éclectisme sont à fuir comme résurgences du « retour à » ou au mieux de la « p’tite tentative de synthèse » : Bofill est une star en déclin complet, je ne m’en plains pas. Je n’aime pas la place de Catalogne ; évidemment, s’il faut choisir entre ça et le 13e arrondissement, c’est un léger mieux. Mais rien d’enthousiasmant. Je ne suis donc pas un ennemi du postmodernisme (puisque nous y sommes encore) en matière de réalisations d’habitat, mais en matière de concepts et d’absence de pièces convaincantes.
Pour le « milieu urbain », beaucoup de changements en revanche. Les transformations sont donc moins architecturales qu’ambiantales : encore un signe de la modestie postmoderne qui ne cherche pas à détruire pour construire une ville nouvelle, mais à reconfigurer Paris. De ce point de vue, le texte de Michel Deguy paru dans Libé le 24 janvier 2007 et intitulé « La Destruction de Paris » (un titre pastiche de L’assassinat de Paris de Louis Chevalier dans les années 80), malgré quelques bonnes remarques de détail, est une erreur totale : on ne détruit rien (hélas), on réaménage. Deguy peste contre cette politique d’aménagement, sur laquelle doit en effet porter toute la discussion, trop longue à habiter ici. Je ferai juste remarquer que Deguy habite dans un arrondissement (le 6e) qui est évidemment l’un des moins touchés par ce réaménagement, et qui reste presque intouché (sauf dans sa structure sociale et culturelle), puisqu’il n’y a pas grand chose à réagencer. Il a donc le réflexe du grand bourgeois qui prend ses exemples à Saint Michel ou Saint Germain et trouve qu’on ne devrait pas toucher au boulevard Magenta ; il est clair qu’il n’y habite pas. Il est non moins clair qu’il n’est pas marxiste, ne serait-ce que parce qu’il impute à Delanoë ce qui était déjà plus qu’en germe chez Tibéri : la mignonnisation et l’asepsie de l’espace. Pour autant, le culte debordien du vieux bistrot ne mène à rien. Problème très compliqué.

2) Quels sont les outils d’analyse, les concepts, les œuvres ou les techniques qui vous paraissent le mieux en tenir compte à l’heure actuelle ?

Sans originalité aucune, je dirais que le texte qui m’a le plus aidé à réfléchir au concept de ville est celui de Foucault sur les hétérotopies, les « espaces autres ». Mais c’est Debord et les situationnistes qui ont été les plus en avance et aigus pour moi (leur héritage surréaliste est aussi à voir). Je dirais aussi que l’art contemporain est bien plus inventif de ce point de vue que la littérature actuelle, dans la mesure où il poursuit ce qui n’est chez Foucault qu’une amorce, et donne à cette idée d’hétérotopie toute sa richesse. Récemment, les œuvres de Berdaguer & Péjus m’ont beaucoup inspiré, ainsi que toutes les œuvres tournant autour de la question de la marche urbaine. Mais dès qu’on se met à réfléchir, les références innombrables viennent et sans doute avons-nous tous et toutes plus ou moins les mêmes. N’importe quel livre de sociologie urbaine, du reste, est pour moi qui ne suis pas sociologue, toujours porteur d’air.

Thomas Clerc
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