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Terroir, terrain et territoire.

 
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Nicolas Bouyssi



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MessagePosté le: Dimanche 10 Juin 2007, 18:32    Sujet du message: Terroir, terrain et territoire. Répondre en citant

Je tombe sur ça, qui a l’intérêt de poser la chose :

« A la suite de Jean Echenoz, et parfois sous son influence, d’autres écrivains ont célébré à leur manière ce "retour au récit, au réel, au sujet" (…). Depuis une dizaine d’années, les tentatives de répertorier et de classer ces nouvelles pratiques d’écriture du dernier quart de siècle ont été nombreuses. On a pu ainsi distinguer des "fictions vives", voire à vif, et des "fictions joyeuses" (…), des "fictions critiques" (…), des "fables attestées" et des "romans distanciés" (…). Nous distinguerons, pour notre part, les récits du TERROIR (Pierre Michon, (…)), les récits du TERRAIN ((...), Jean Rolin) et les récits du TERRITOIRE ((...), Jean Echenoz). La littérature du terroir joue la carte de la province rurale et de son héritage (…). Elle abrite volontiers ses fictions ou ses autofictions dans un passé mythifié (…), drapé dans une langue qui célèbre avec nostalgie et/ou ironie (c’est selon) les grandes orgues des belles-lettres (…). A cette écriture du repli (sur une terre, une époque, un sujet), s’opposent les romans du terrain, qui privilégient l’espace public plus que l’espace privé, le présent plus que le passé, le collectif plus que l’individuel. Le terrain est l’objet d’une investigation sociologique et ethnographique qui permet de mettre à jour les mutations du monde contemporain urbain (…, La Clôture, de Jean Rolin). Les romans du terroir sont des romans de la quête ; ceux du terrain préfèrent l’enquête, sociale mais aussi stylistique. Ils contiennent une valeur polémique (on songe aux significations militaires que renferme la notion de "terrain") et un moindre degré de fictionnalisation que les romans du territoire. Ceux-ci embrassent une étendue spatiale plus large, dans laquelle se déploie un réseau de déplacements (…). Ils dessinent des itinéraires, réévaluent des frontières, mettent en évidence des positionnements ou des glissements dans l’espace, dans la société, dans l’Histoire. Jean Echenoz affirme qu’il écrit des "romans géographiques". »


Christine Jérusalem, Jean Echenoz, Paris, adpf, 2006.
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Nicolas Bouyssi



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MessagePosté le: Dimanche 10 Juin 2007, 21:02    Sujet du message: Territoires du vide Répondre en citant

Pour en revenir à l’auteuse, l’autoresse ou l’autrice du post d’avant, je cite ces quelques lignes sorties du même livre, sur le même auteur. Le chapitre s’appelle « Non-lieux », et la section en question Territoires du vide :

« Si les romans de Jean Echenoz sont "géographiques", c’est d’abord parce qu’ils tracent une cartographie précise de l’espace citadin et périurbain d’aujourd’hui. Même si les personnages se déplacent fréquemment, Paris reste le point nodal de l’œuvre. La foule s’y concentre, "zone populaire, bruyante, multicolore et dans l’ensemble assez ingrate et fauchée"* du 18e arrondissement, locataires "d’une grande diversité de provenances"** de la rue d’Oberkampf, "natifs du tiers-monde et […] ressortissants du troisième âge"*** sur les trottoirs du 12e ou encore marabouts en tous genres dans le quartier de Belleville****. Embouteillages et encombrements signalent de manière récurrente la densité urbaine.

Pourtant, malgré cette effervescence, la ville et sa banlieue sont perçues comme des lieux de vide et de béance. Les récits alignent les notations mesurant le silence et l’absence : "En plein été, le 16e arrondissement est encore plus désert que d’habitude au point que Chardon-Lagache, sous certains angles, offre des points de vue post-nucléaires."***** "Elle est très jolie, la station Passy, elle est très aérée, très chic, surplombée de hauts immeubles aussi distingués que des vaisseaux amiraux, si beaux qu’ils ont l’air vides et décoratifs."****** Emblème de cette vacuité, la peinture d’Edward Hopper, Sept heures du matin, qui est décrite dans L’Equipée malaise, avec sa rue vide, sa vitrine presque vide et son horloge marquant en effet 7 heures.

Des villages désertés du Labrador (Je m’en vais) à la Bretagne et son lugubre spectacle de maisons peu habitées ou à vendre (Les Grandes blondes), en passant par les trottoirs parisiens déserts, bordés de portes closes (Le Méridien de Greewich), tout indique un sentiment d’abandon. Les nombreux travaux de démolitions qui affectent la ville (en particulier dans Je m’en vais) témoignent d’un monde qui s’autodétruit — on peut en trouver dans l’œuvre d’Echenoz trois manifestations fictionnelles : l’explosion du palais dans Le Méridien de Greenwich, la destruction de Marseille dans Nous trois et l’anéantissement d’un immeuble dans L’Occupation des sols. Dans Au piano, la ville d’Iquitos, avec ses palais ruinés et son taux de suicide explosif, incarne une version paroxystique de l’enfer citadin moderne, tandis que Port Radium, dans Je m’en vais ressemble à une ville fantôme (hôtel vide, gérant muet, rues désertes).

C’est d’ailleurs tout le récit qui avance dans une immensité désertique et désolée (le pôle Nord) où l’infiniment petit ("lichen", "petit pavot arctique") se résorbe dans le rien ("plus le moindre végétal à perte de vue"). Les descriptions amplifient les signes d’une "esthétique de la disparition" (Paul Virilio). »



Christine Jérusalem,Jean Echenoz, Paris, adpf, 2006, pp. 42-43.


* Au piano, p. 34.
**Cherokee, p. 14
***Je m’en vais, p. 147.
****L’Equipée malaise.
*****Je m’en vais, pp. 147-148.
******Au piano, p. 65.
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Nicolas Bouyssi



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MessagePosté le: Dimanche 10 Juin 2007, 21:08    Sujet du message: Lectures Répondre en citant

De mon côté, je suggère lourdement la lecture, ou la relecture, de Cherokee, évidemment, ainsi que celle de Lac, du chapitre 2 des Grandes blondes, et, surtout, des chapitres consacrés aux errances métropolitaines de Max Delmarc, dans la première partie d'Au piano.
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