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Que sont devenues les "hétérotopies" ?

 
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Laurent Jeanpierre



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MessagePosté le: Vendredi 17 Août 2007, 9:19    Sujet du message: Que sont devenues les "hétérotopies" ? Répondre en citant

Le néologisme d’« hétérotopie », proposé par Michel Foucault devant des spécialistes d’architecture en 1967, a acquis une fortune considérable et, il faut bien le dire, un peu mystérieuse, dans le discours sur la ville. On sait pourtant qu’une telle trouvaille lexicale ne prétendait certainement pas à devenir un concept puisqu’il ne s’agissait que d’un propos de conférence, dont Foucault n’autorisa la publication que dix-sept ans plus tard, juste avant sa mort. Peut-on cependant spécifier un peu la définition de la catégorie et essayer d’en circonscrire des usages possibles ?


L’hétérotopie est un type de lieux spécifiques, un type d’« emplacements » dans l’« espace du dehors », l’espace de l’expérience vécue. Ce dernier ne peut en effet être pensé, affirme le philosophe, comme un espace vide, ni comme un espace homogène. Il est un espace toujours déjà « chargé de qualités », un espace plein et hétérogène, un espace différencié. Les hétérotopies forment une classe de places dans le système relationnel des places qui permet de se représenter un tel espace, entendu comme cadre de l’expérience spatiale des individus et des groupes. Plus spécifiquement, elles appartiennent à un groupe de lieux « qui ont la curieuse propriété d’être en rapport avec tous les autres emplacements, mais sur un mode tel qu’ils suspendent, neutralisent ou inversent l’ensemble des rapports qui se trouvent, par eux, désignés, reflétés ou réfléchis ». Les hétérotopies entretiennent donc à distance, autrement dit sans contiguïté nécessaire, une relation de coexistence et d’équivalence avec tous les autres lieux de l’espace vécu : ce sont des lieux parallèles ou des figures dédoublées et renversées des autres lieux. Ils agissent souvent comme un refuge pour les occupants d’autres lieux.

Dans ce large groupe des lieux parallèles, Foucault prend soin toutefois de distinguer les hétérotopies des utopies. Les hétérotopies ne sont pas, en effet, des refuges imaginaires ou des lieux issus de la rêverie, mais des « utopies effectivement réalisées dans lesquelles les autres emplacements, tous [c’est moi qui souligne à nouveau] les autres emplacements réels que l’on peut trouver à l’intérieur de la culture sont à la fois représentés, contestés et inversés ». Contrairement à l’utopie, l’hétérotopie désigne donc un emplacement situé, « localisable », bien que, comme l’utopie, elle figure en même temps un rapport général à tous les autres lieux de l’espace vécu et traversé. Il s’agit d’ailleurs d’un rapport complexe et intrinsèquement ambigu, puisqu’il est fait à la fois d’imitation et d’opposition, voire d’inversion, puisqu’il induit une « contestation à la fois mythique et réelle de l’espace où nous vivons ».

Quoi qu’il en soit, l’idée d’hétérotopie ajoute à l’intuition selon laquelle il existe sans aucun doute un espace des emplacements qui permettrait de décrire une ville (le réseau des rues, ou bien le réseau des passages, ou bien le réseau des trains, ou bien encore le réseau des « emplacements de halte provisoire que les cafés, les cinémas, les plages » et enfin le réseau de tous ces réseaux…) ou une maison (avec, par exemple, son réseau des lieux du repos), une composante supplémentaire, absolument nécessaire selon lui à la saisie de l’expérience vécue de l’espace. Pour comprendre la structure des espaces, il faut, en plus de l’image du réseau, une action, un opérateur de transformation applicable à toutes les places, à tous les nœuds, à tous les lieux, et qui constitue en partie virtuellement une nouvelle couche de réalité spatiale, un autre ensemble de réseaux. Les hétérotopies sont des déformations des lieux existants dont l’ensemble fait réseau lui aussi. Elles sont comme le double déformé de l’espace vécu ordinaire et, en même temps, une strate effective de cet espace. L’espace-Hyde sous l’espace-Jekyll en somme.

À ces critères externes de définition, Foucault ajoute au moins deux critères internes pour reconnaître parmi les lieux ceux qui seraient hétérotopiques. Premièrement, les hétérotopies « supposent toujours un système d’ouverture et de fermeture qui, à la fois, les isole et les rend pénétrables ». Y entrer et en sortir ne s’effectue jamais librement. Soit que l’entrée et la sortie sont imposées ou font l’objet d’une ritualisation et d’une épreuve, explicite ou implicite. Soit que la circulation apparemment sans contraintes cache des exclusions symboliques plus fortes que les exclusions réelles. Les hétérotopies ne sont pas de purs espaces de liberté, ce sont des espaces réglés, hiérarchisés, des lieux socialement déterminés. Deuxièmement, l’hétérotopie « a le pouvoir de juxtaposer en un seul lieu réel plusieurs espaces, plusieurs emplacements qui sont à eux-mêmes incompatibles ». Il peut mélanger du sacré et du profane, de la ville et de la campagne, du cosmique et du terrestre, du privé et du public, du familial et du social, des loisirs et du travail. Les hétérotopies subvertissent par conséquent le système d’oppositions binaires qui permet, d’ordinaire, de lire la structure de l’espace vécu. Lieux hautement régulés et lieux neutres, ou lieux du « Neutre » (au sens que Barthes a donné à ce mot), lieux de rencontre, de circulation ou de passage des charges contraires, ce sont des tiers espaces, comme l’est le Purgatoire tel que Jacques Le Goff en a éclairé la conception médiévale. Ce sont des lieux frontières ayant eux-mêmes des frontières.

Si Foucault s’intéresse aux hétérotopies, plus qu’aux utopies, c’est donc aussi, comme il le dit au début de sa conférence, que « nous n’avons pas encore accédé à une désacralisation pratique de l’espace » car « notre vie [est] encore commandée par un certain nombre d’oppositions auxquelles on ne peut pas toucher, auxquelles l’institution et la pratique n’ont pas encore osé porter atteinte : des oppositions que nous admettons comme toutes données ». Lieu de conciliation d’espaces chargés de propriétés et d’usages différents, voire contraires, l’hétérotopie peut aussi télescoper non plus les fonctions mais les échelles de lieux des l’expérience et réunir, par exemple, comme dans le cas du « jardin traditionnel des Persans », « la plus petite parcelle du monde » et « la totalité du monde ». Tout petits mondes, elles sont parfois des concentrés du tout de l’espace vécu, comme peuvent sans doute l’être certaines îles.

Ce que Foucault essaye au fond de penser avec cette idée d’hétérotopie, c’est une position indissociablement spatiale et sociale qui, dans la géométrie classique, paraît inconcevable. Il s’agit en effet d’une position d’extériorité et d’inclusion, d’une excroissance pourtant constituante ou, mieux, d’un lieu qui puisse être simultanément marginal et central. Marginal parce que l’hétérotopie appartient à un monde souterrain ou parallèle, même pas « off », comme on le dit de théâtres de New York qui se sont éloignés des emplacements et des normes de productions de Broadway, mais « off-off ». Doublement « off », les hétérotopies le sont précisément parce qu’elles ne se comprennent pas immédiatement à travers le système d’oppositions binaires (on/off ou in/off) qui définit l’espace géographique et social, parce qu’elle se situent en fait par devers lui, en sa marge. Malgré cet écart supplémentaire, elles restent néanmoins situées dans l’espace global, par exemple l’espace urbain, pas en dehors, elles y opèrent comme un tiers espace réunissant les mêmes propriétés structurales que celles de la totalité spatiale et sociale (autrement dit n’en ajoutant pas d’autres et ne constituant pas de la sorte une autre espèce d’espaces). Mais en elles s’accolent des qualités contraires qui n’existent dans la vie ordinaire qu’à distance ou séparés. L’hétérotopie est ainsi un espace de synthèse topologique et sociale (plutôt que la négativité que serait l’utopie) et pour Foucault, à ce stade de sa pensée, elle représente sans doute une spatialisation concrète du mode de pensée abstrait de la dialectique hegelienne. C’est à ce titre, parce qu’elle neutralise les polarités vécues de l’espace, parce qu’elle se nourrit de charges éloignées dans la grille qui définit cet espace, que l’hétérotopie occupe aussi une position centrale, au-dessus des différences, des particularités et des partis pris du monde. Elle devrait appartenir à deux espaces et elle appartient effectivement à deux espaces que Foucault a fusionnés en un seul : l’espace du monde vécu et sa représentation structurale. Souvenons-nous à ce sujet que l’hétérotopie n’est pas très différente de ce qu’Ernst Bloch appelait une « utopie concrète », qu’elle existe dans la réalité et dans l’imaginaire, qu’elle prend forme dans l’espace et dans l’image que s’en fait la pensée, dans la pratique de l’espace et dans la théorie de cette pratique. Interstices est le nom qui sera souvent donné à ces lieux hétérotopiques au moment où sont prononcées les réflexions de Foucault, par des pensées du structuralisme autocritique. Marge socio-spatiale, l’hétérotopie est aussi un centre structural de l’espace géographique et social, jusqu'à parfois configurer son modèle réduit.


Les exemples d’hétérotopies mentionnés par Foucault sont très variés et se situent à des échelles fort différentes de la vie subjective ou collective. Inutile d’ajouter qu’ils ne rempliront pas nécessairement pour d’autres que lui les critères de la définition formelle qui vient d’être donnée. Voici ceux qu’il mentionne : asiles psychiatriques, lieux de voyages de noces, collèges du XIXè siècle, service militaire, maisons de repos ou de retraite, scènes de théâtre, cinémas, jardins, tapis, cimetières, bibliothèques, musées, fêtes foraines, villages de vacances, hammams, saunas, casernes, prisons, lieux réservés de l’hospitalité dans les anciennes fermes, chambres de motels américains, maisons closes, colonies religieuses, bateaux divers. Malgré leur diversité, les hétérotopies s’organisent en sous-catégories. Foucault indique par exemple qu’elles peuvent remplir deux types de fonction pour celui ou celle qui les fréquente ou qui les traverse. Il y a les hétérotopies critiques qui « dénonce[nt] comme plus illusoires encore tout l’espace réel ». Mais ces hétérotopies constituent parfois elles-mêmes, par leur position, des espaces d’illusion, avec par exemple ce qui en constitue sans aucun doute l’illusion matricielle : le décloisonnement spatial et social, le suspens de la règle, la communion des individus, comme, par exemple, dans la maison close ou bien le squat. Certaines hétérotopies mettent donc en scène des promesses de réconciliation. D’autres entretiendraient plutôt avec les passions du monde réel un rapport hydraulique de « compensation » plus que de projection, par exemple en proposant un ordre artificiel là où l’expérience ne donne à vivre que du chaos et de l’indifférenciation. Les hétérotopies jouent dans les deux cas le rôle d’envers de l’espace réel, elles constituent, si l’on veut, le réel comme décor, et construisent les lieux de deux autres réalités, plus vraies, à inclure dans la première – celle de l’expérience et de la vie – soit en réunissant le séparé (réalité de réconciliation), soit en séparant l’indistinct (réalité de compensation).

Foucault propose une autre distinction qui pointe, elle, non plus vers une psychologie, mais vers une histoire des hétérotopies. Il y a, dit-il, les « hétérotopies de crise », qui servent à manifester le passage d’un stade à un autre de la vie des individus et des groupes, comme, par exemple, dans « les sociétés dites “primitives” » pour « [l]es adolescents, les femmes à l’époque des règles, les femmes en couches, les vieillards ». L’anthropologue Victor Turner appelle « espaces liminaires » ces lieux de réclusion et d’initiation où sont en général inversées les règles sociales ordinaires. Loin de considérer, comme Foucault, que ces emplacements « ne cessent de disparaître », il montre (dans Le phénomène rituel), qu’ils ont persisté à travers l’histoire et qu’ils ont particulièrement essaimé juste après la conférence de Foucault et les événements internationaux de Mai 68. Il y a aussi les « hétérotopies de déviation », dans lesquelles « on place les individus dont le comportement est déviant par rapport à la moyenne ou à la norme exigée ». Elles ressemblent plutôt à ces « institutions totales » dont a parlé Erving Goffmann. Les premières sont déterminées en fonction des stades de l’évolution naturelle, les secondes dépendent des normes sociales et de leur formation.

Mais par-delà leurs différences, les premières comme les secondes entérinent et instituent un changement d’état des sujets qui les traversent. L’important ici, comme dans la distinction entre hétérotopies de compensation et hétérotopies de réconciliation, tient à ce que cette classe de lieux est saisie dans une trajectoire individuelle ou collective plutôt que comme une position héritée ou conquise. Ce sont des lieux intermédiaires, des lieux de la mise en relation entre lieux, comme ces deux figures de la frontière, selon Simmel, que sont le pont et la porte. De crise ou de déviation, l’hétérotopie est l’opérateur qui permet d’inscrire symboliquement une étape de la vie ou une expérience. Elle ne traduit pas seulement un type particulier de relation entre l’individu et le groupe dans un espace donné, elle sanctionne un trajet spatial et social spécifique. L’idée d’hétérotopie sera par conséquent mieux comprise dynamiquement qu’elle ne l’est statiquement comme position duale ou marginalité centrale. D’abord, on ne réside en effet qu’exceptionnellement dans un lieu hétérotopique, on y est le plus souvent de passage. Ensuite, comme cela a été rappelé, l’hétérotopie institue des circulations impensables en dehors de ses frontières. Foucault insiste d’ailleurs sur le fait que toute hétérotopie est également une « hétérochronie », une pulsation différente des temps de la vie ordinaire. Il existe enfin des hétérotopies qui sont pleinement des lieux mobiles, des moyens de transport, comme le train et surtout le navire, qui est « l’hétérotopie par excellence », « un morceau flottant d’espace, un lieu sans lieu, qui vit par lui-même, qui est fermé sur soi et qui est livré en même temps à l’infini de la mer ». Les instruments du voyage sont les hétérotopies premières.


Tout cela a-t-il un intérêt pour mieux comprendre l’expérience spatiale des métropoles contemporaines ? Rien n’est moins sûr. Pas besoin, en effet, de l’idée d’hétérotopie pour savoir qu’il existe des lieux déviants, des lieux de crise, des lieux de compensation ou des lieux de communion, des lieux désaffectés et désinvestis, et des lieux d’oisiveté (la plupart des exemples de Foucault viennent de ce registre) plutôt que d’activité dans les villes, en particulier si elles sont grandes. Les « espaces autres » ne manquent pas et il n’est même pas sûr qu’ils tendent à disparaître, sous les effets de la métropolisation du monde et de la diminution des friches ou des espaces non urbains. Certains théoriciens de la ville, comme Lieven de Cauter, vont même jusqu’à dire que les transformations contemporaines des métropoles sont passées par une multiplication et une généralisation des lieux hétérotopiques dans l’espace urbain, ne serait-ce qu’à travers la privatisation des espaces communs et l’individualisation des transports. Le jardin pavillonnaire (backyard), la maison, la voiture, le parc d’attractions, le centre commercial, le village de vacances et les lieux du tourisme, la boîte échangiste et le camp nudiste, les villes muséifiées, ce seraient aujourd’hui des hétérotopies au sens de Foucault, des espaces de (fausse) réconciliation ou de compensation à l’écart des (vraies) tensions et contradictions de la société et de la ville. Des « capsules » ou bien encore des « sphères », comme dit Sloterdijk. Les camps de réfugiés, les ghettos, les centres de rétention, les zones dites de non-droit : tout cela aussi, ce seraient les hétérotopies foucaldiennes, où se manifeste un suspens des oppositions symboliques et des règles du monde ordinaire. Loin d’avoir contribué à dresser la liste ou la carte des contre-mondes possibles, le discours de Foucault sur les hétérotopies n’aurait donc fait qu’anticiper l’avènement du monde présent, avec ses lieux d’enchantement aussi bien que ses lieux nihilistes.

L’idée d’hétérotopie peut-elle pourtant être sauvée, si elle doit l’être ? Quelle serait alors son utilité ? Elle réside sans doute dans le fait qu’elle ne cherche pas à constituer ou à reconnaître un nouvel espace utopique, même concrétisé, à l’intérieur de l’espace vécu. L’hétérotopie n’est pas l’utopie réalisée et faire la liste de ces actualisations ne renseignera ni sur l’espace urbain, ni sur l’avenir des villes. Mais parler d’hétérotopie c’est attirer l’attention sur l’hétérogénéité des lieux urbains, sur la différence de leurs fonctions sociales, sur les frontières symboliques invisibles qui quadrillent tout espace, sur la viscosité des flux métropolitains, sur l’existence d’espaces-temps qui ne peuvent pas entrer dans une représentation cartographique. Parler d’hétérotopie, c’est basculer son regard des réseaux vers les trajets, du plan de métro ou de bus vers le parcours effectif réalisé. Car tout trajet, dès lors qu’il traverse des lieux hétérogènes et polarisés, est au fond une hétérotopie. En sa limite, la notion désigne le trajet même ou son instrument, un lieu circulant comme le navire et, plus précisément, une amplitude de circulation dans les réseaux urbains, autrement dit tout le contraire d’une position aux qualités fixées et déterminées, même lorsque celle-ci renverse les normes dominantes. Lieu de l’hétérogène dans un espace hétérogène, l’hétérotopie est l’autre nom de « l’aventure » (« [d]ans les civilisations sans bateaux, conclut Foucault, les rêves se tarissent, l’espionnage y remplace l’aventure, et la police, les corsaires »). Il est donc inévitable que chaque époque et chaque milieu en redéfinissent le cour, et la course.

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