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Bibliographie sélective

Bastille dérive

 
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Christophe Kihm



Inscrit le: 18 Mai 2006
Messages: 3

MessagePosté le: Lundi 21 Août 2006, 10:39    Sujet du message: Bastille dérive Répondre en citant

Bastille-dérive est un projet d’Atau Tanaka et de Petra Gemeinboeck qui sera présenté à la Maison Rouge, à Paris, le 6 octobre 2006, dans le cadre d’Intensive Science, une exposition des productions du Sony Computer Science Laboratory (Sony CSL Paris, www.csl.sony.fr/ et Sony CSL Tokyo, www.csl.sony.co.jp/).
Voici un texte que j’ai écrit à son propos et qui sera publié dans le catalogue de l’exposition. Des éléments supplémentaires – des textes d’Atau Tanaka et de Petra Gemeinboeck, des images et des vidéos –, nécessaires à la bonne compréhension du projet, sont téléchargeables sur http://music.csl.sony.fr/atau/temp/net_derive.zip

C.K.



Extensions, dérivations

Bastille-dérive est un projet artistique qui se détermine à l’intersection de quatre éléments structurants : trois prototypes – des téléphones mobiles –, une production et une diffusion de sons et d’images (à travers un circuit établi entre une galerie, un serveur et les trois objets-prototypes), un lieu et un temps d’action (le quartier Bastille, à Paris, terrain d’expérimentation, de déplacements et de déambulations de trois personnes munies de ces trois objets).
Ce projet, qui mobilise les conditions techniques du téléphone 3G, opère d’importantes modifications sur ses modes courants de production et de diffusion d’images et de sons, et par conséquent sur l’espace et le temps qu’ils génèrent. Les images et les sons produits et diffusés par les téléphones proposent en effet des relevés auditifs ou visuels des déplacements, des présences et des distances – un ensemble de traducteurs graphiques et musicaux –, qui renvoient directement à l’expérience vécue par les protagonistes de la dérive.
Les conditions de cette expérience reposent donc sur une série d’extensions techniques apportées à un objet industriel, le téléphone mobile, qui en modifient les possibilités et en libèrent les usages. Ce terme d’extension n’est pas à entendre ici comme le gage d’un progrès, au sens d’une amélioration technique, mais comme celui d’une innovation, c’est-à-dire d’une différence ou d’un écart permis par les nécessités d’une perspective artistique.
En déterminant le, ou les points, qui relient les opérations d’extensions produites sur cet objet, ses modes de production et de diffusion d’images et de sons, leur temps et leur espace, il est possible d’entrevoir la nature de la recherche engagée par ce projet.
Il s’agit, en premier lieu, de rejouer un médium de communication à travers un ensemble de connexions, de transmissions et de filtres, qui impliquent la constitution d’un nouvel objet, d’un nouveau réseau et de nouvelles médiations. Ici interviennent des agencements entre les logiciels Max/MSP et Jitter, le streaming audio/vidéo dans le sens téléphone/serveur puis serveur/téléphone, des outils de contrôle, des écrans de projection, des casques audio, etc. Parallèlement à la création de ce dispositif spécifique est engagée une réorganisation et un déplacement des éléments constitutifs du téléphone portable 3G par l’ajout d’équipements : stream audio/vidéo, pose de capteurs, etc.
Dans l’une et l’autre de ces extensions, le projet de Petra Gemeinboeck et d’Atau Tanaka combine des procédés d’hybridation et de mutation, qu’il est possible de distinguer, pratiquement, en posant que les premiers impliquent une transformation de l’objet par l’extérieur (sur modèle de la greffe, emblématiquement matérialisée par le branchement d’un casque type walkman sur le téléphone), alors que les seconds produisent une transformation de l’intérieur (modèle de la re-formation génétique qui vaut ici pour la re-programmation informatique du téléphone).
Mais hybridation et mutation ne jouent pas uniquement sur un plan technique. En effet, Bastille-dérive, en transposant les applications du social software (modèle des sites de rencontre) en des termes sonores (des mélodies, des variations d’intensités) et physiques (la proximité ou l’éloignement, la distance et la présence), réalise un hybride social, musical et spatial, qui propose d’écouter et de produire une musique à plusieurs, évoluant en fonction de variables comportementales personnelles. En transformant ensuite le téléphone mobile en transmetteur de données audio et visuelles en temps réel, l’outil de communication mute en appareil de mesure et donc, également, de contrôle.
L’objet hybride est un dispositif à activer au sein duquel les usages sont ouverts. Il est mutant dans sa capacité à ne pas admettre de fonction, à s’en remettre entièrement à ses usages, comme une pure médiation.
L’objet mutant fabrique des hybrides dans la navigation qu’il instruit entre deux dimensions : l’espace réel de la ville (quartier Bastille) au sein duquel il est activé, et l’espace virtuel que partagent les protagonistes via leurs téléphones portables, les images et les sons qu’ils émettent et reçoivent. Il crée ainsi une surface de contact, dans un interstice entre le réel et le virtuel : il hybride l’espace lui-même, comme le figurent les images retranscrites sur l’écran de la galerie.
Flottant dans cet entre-deux, la dérive médiatique offre une expérience inédite : celle d’une matérialisation de ses propres médiations en musique et en images : elle invente donc une manière d’écouter de la musique qui crée des relations et une manière de se déplacer qui crée des intervalles. Ces deux éléments, ni partition, ni carte, participent d’une représentation visuelle et sonore d’une communauté réelle et virtuelle.
C’est parce que l’objet/médiation est sensible à la présence et au mouvement, c’est-à-dire informé des contingences physiques qui déterminent son fonctionnement, qu’il devient transparent à son propre usage et permet l’insertion de l’humain dans la musique comme dans l’espace produits. C’est ici le lieu d’une dernière hybridation où l’homme, la musique et l’espace se recomposent dans des variables infinies.

Christophe Kihm
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Elie During



Inscrit le: 01 Fév 2006
Messages: 42

MessagePosté le: Mardi 22 Août 2006, 22:56    Sujet du message: Street Stories Répondre en citant

Un contrepoint au post de Christophe Kihm ("Bastille dérive").
C'est un autre projet, "Street Stories", conçu par Warren Sack (qui nous en parlera bientôt sur ce forum) et Michael Dale, de l'Université de Californie à Santa Cruz.

Voici le lien :

http://hybrid.ucsc.edu/socialComputingLab/Projects/StreetStories/Description/


"Street Stories" en est à sa troisième version. La problématique n'est pas exactement celle de "Bastille dérive", bien qu'elle passe par des relais technologiques comparables (système GPS et interface vidéo associés à un téléphone portable). La question que se sont posée Warren Sack et Michael Dale était de savoir comment faire partager la mémoire et le récit d'une psychogéographie qui peut être le fait d'un individu singulier comme d'une communauté, mais qui est toujours virtuellement collective. L'idée est de "signer" des cheminements urbains et de les faire rejouer par d'autres, en utilisant des trames digitales (cartes ou photo satellites) et la possibilité qu'elles offrent d'y insérer ou d'y activer ponctuellement des "récits" (impressions, anecdotes, commentaires enregistrés au fil d'une déambulation). Ces parcours ou dérives sont eux-mêmes organisés en réseau : un site internet archive les expériences des uns et des autres et crée ainsi une nouvelle extension, un nouveau relais dans la communauté virtuelle des arpenteurs des rues (celles de San Francisco ou de Santa Cruz, mais aussi de quelques îles du Pacifique : Guam, Saipan, Okinawa).



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