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Noms de lieux vs. non-lieux

 
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Nicolas Bouyssi



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MessagePosté le: Samedi 16 Septembre 2006, 19:04    Sujet du message: Noms de lieux vs. non-lieux Répondre en citant

Noms de lieux vs. non-lieux

Dans ses livres, Modiano part de noms propres et les charge de reconstitutions de souvenirs ou d’anecdotes personnelles. Comme c’est à partir d’eux qu’il envisage les gens et les espaces, ses descriptions dotent Paris d’un fort coefficient de mémoire. Les personnes disparaissent, les bâtiments sont reconstruits mais les noms restent. Ils sont donc propices aux déambulations nostalgiques et aux épanchements sur le temps qui passe, les horreurs de l’Histoire et les irréversibles transformations d’une ville. Pourtant, il me semble que sa prose est ainsi faite qu’à moins d’habiter le quartier qu’il évoque, on sait mais on ne voit pas toujours les endroits dont il parle :

Dora Bruder, 1997. Folio, p. 45 : « Elle allait certainement le dimanche retrouver ses parents qui occupaient encore la chambre d’hôtel du 41 boulevard Ornano. Je regarde le plan de métro et j’essaie d’imaginer le trajet qu’elle suivait. Pour éviter de trop nombreux changements de lignes, le plus simple était de prendre le métro à Nation, qui était assez proche du pensionnat. Direction Pont de Sèvres. Changement à Stasbourg-Saint-Denis. Direction Porte de Clignancourt. Elle descendait à Simplon, juste en face du cinéma et de l’hôtel. » Idem, p. 130 : « Le boulevard Mortier est en pente. Il descend vers le sud. Pour le rejoindre ce dimanche 28 avril 1966, j’ai suivi ce chemin: rue des Archives. Rue de Bretagne. Rue des Filles-du-Calvaire. Puis la montée de la rue Oberkampf, là où avait habité Héna. »

Pour sa part, Jean Rolin part des espaces et c’est à partir d’eux qu’il envisage leur nom et celui des gens qui les habitent. Ce sont souvent des lieux de passage où personne ne va, dont on ne connaît pas grand-chose, sinon par ouï-dire ; où rien, paraît-il, ne peut plus se produire, où tout vous conseille de fermer les yeux, de presser le pas et de circuler : les frontières, les terrains vagues et les échangeur d’autoroutes. Sa prose est pourtant faite de telle sorte qu’on n’a pas besoin de connaître ce dont il parle pour le voir, et qu’on peut même éprouver l’envie de sortir de chez soi afin d’y aller. Jean Rolin ne fait pas confiance à la charge a priori poétique ou historique d’un nom. Il n’a personne à retrouver. Il ne revient pas sur un lieu, il le découvre.

La Clôture,2002. P.O.L, p. 50 : « Au-delà du périphérique, assez loin mais bien visible, une enseigne lumineuse tourne sur elle-même, bleue, au sommet de la tour Pleyel. D’autres enseignes couronnent la plupart des immeubles situés entre le boulevard extérieur et le périphérique. Le long de l’avenue, c’est plutôt le rouge qui domine — le rouge de Bosch ou celui de Firestone —, mais dès que l’on s’engage dans la rue Francis-de-Croisset, sous les acacias d’où émane en saison une sorte de foutre pelucheux, on pénètre temporairement dans un espace plus confiné, baigné par les publicités Samsung, Panasonic ou Daïkin d’une diffuse et sourde lumière bleue. Cet environnement bleu, de concert avec les émulsions de foutre d’acacia, favorise après quelques minutes d’immersion l’apparition de sensations aquatiques. »

Chez Modiano on va d’un nom propre vers un lieu déjà mort. Chez Jean Rolin, on part d’un non-lieu pour arriver à un espace encore vivant. L’un accumule les précisions d’ordre topo/biographiques qui mettent en évidence le déclin de la mémoire. L’autre sélectionne plutôt les indications d’ordre idiosyncrasique qui favorisent l’essor de l’imagination.
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