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Nouvelle nouvelle

 
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Nicolas Bouyssi



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MessagePosté le: Mercredi 18 Octobre 2006, 23:29    Sujet du message: Nouvelle nouvelle Répondre en citant

Quelque chose monte

Ce jour-là, je suis assis au bord de l’eau. A côté de moi, il y a une grande fille que je connais depuis dix ans, on est ensemble depuis six mois et elle s’appelle Zaza. L’eau qui coule à nos pieds est celle d’un fleuve large de trente yards ; il traverse la ville. De l’autre côté, bordant la rive, des immeubles hauts, en verre, reflètent les nuages et les hérons qui sont dans le ciel. Je suis pieds nus et mon œil reste fixé sur le plus pointu des immeubles. C’est aussi le plus récent.

Zaza est une grande fille très jolie. Elle a bientôt vingt-trois ans, ses coudes touchent ses cuisses et ses cheveux lui tombent entre les bras. Elle serre les mains sous son menton pour m’écouter. C’est une habitude chez elle, dès qu’elle veut montrer qu’elle porte de l’intérêt à la conversation. Zaza est tellement délicate quand elle le souhaite. Comme il faut chaud, elle porte une jupe légère, couverte de motifs à fleurs, qui met son corps en évidence. Les dents de Zaza sont régulières et blanches, surtout lorsqu’elle sourit. Pour le moment, Zaza me regarde parler et mange une pêche.

La ville qu’on habite est entièrement nouvelle. Des architectes l’ont construite en moins de trois ans. Elle est bâtie de part et d’autre du fleuve, pour que les salariés aient peu de miles à parcourir s’ils veulent bronzer ou se baigner à la sortie du travail. Au centre, sur une île artificielle d’une circonférence satisfaisante, un aéroport a été dressé. La raison en est simple : les promoteurs se sont aperçu que les gens aimaient partir. Ils se sont aussi aperçu que dans les villes construites avant l’invention de l’avion, les gens de notre sorte se décourageaient dans les embouteillages. Ils perdaient trop de temps avant de rejoindre un terminal. Ils préféraient prendre le train pour voyager.

Des études et des sondages ont donc été faits ; des lois d’orientation ont été votées. Puis il a été décidé de construire six villes nouvelles, toutes articulées autour des moyens de transport les plus rapides, sacrifiant les gares ferroviaires, délaissant les pistes cyclables et les voies piétonnes, privilégiant en somme les aéroplanes et les hélicoptères.

L’idée était de combiner le désir de fuite des salariés avec des rentrées certaines d’argent. Mais si les villes nouvelles avaient été trop agréables, le problème n’aurait pas davantage été réglé. Nos immeubles ne sont donc pas confortables. Ils sont construits sur des dalles étroites, dépourvues de commerces, sous lesquelles filent des autoroutes sans trottoirs. Des ponts suspendus d’un immeuble à l’autre permettent aux habitants de se rendre visite et d’aller au travail. Tout l’argent des investisseurs a été versé à la compagnie qui dirige l’aéroport. Il est des villes dont on ne veut pas partir. La nôtre a été construite dans le but que les gens n’aient pas envie d’y rester. Du ciel, à cause de l’île, elle ressemble à un œuf sur le plat.

La plupart des aéroplanes se louent à l’heure ou pour la journée, ils ne comportent que deux places. Ils volent jusqu’à l’endroit qu’on leur indique. Quant aux hélicoptères, ils sont plus rapides mais plus coûteux. Le plus simple est encore de s’acheter un véhicule, ou d’avoir son permis. Au prix d’un crédit remboursable en trois ans, Zaza l’a passé l’an dernier, et elle propose qu’on finisse la journée ailleurs. Zaza tient à me parler, elle trouve qu’on stagne un peu trop en ce moment. Elle a quelque chose à me proposer.

Autour de la piste de l’aéroport, égale en taille à celle de l’île, il y a une longue chaîne de magasins, utiles pour les personnes qui partent, comme nous, sur un coup de tête. Zaza me conduit dans le supermarché où elle travaille : on achète à manger, on achète une tente, puis on paye notre autorisation de sortie.

Du bord de l’eau, quand on est face à l’île, l’aéroport est impressionnant. Autour des magasins, pour éviter les pillages nocturnes, la mairie a placé des caméras de surveillance et des barbelés. A moins d’une autorisation spéciale, surtout délivrée aux propriétaires d’aéroplane ou aux loueurs d’hélicoptère, il est interdit d’atterrir de nuit. Avec Zaza, nous partons à cinq heures après midi.

Un employé vêtu d’un bleu empoche mon chèque et nous conduit sur la piste. Au passage, il insiste sur certains aspects du règlement. Il nous rappelle que nous n’avons pas le droit de parler aux inconnus. Il nous oblige à prêter serment.

C’est le début de la fin de semaine. Notre voyage dure moins de deux heures. Zaza a choisi l’océan. Comme nous partons régulièrement, je me sépare de moins en moins de mon sac à dos. J’y place mon argent, mes cigarettes, des vêtements et un ou deux livres qui m’importent.

Zaza est tellement bavarde quand elle s’y met. Alors que nous survolons la campagne, elle parle subitement d’exil, elle dit qu’elle ne veut plus vivre dans cette ville. Je n’arrive pas à savoir si elle parle sérieusement. Nous avons mis le pilote automatique et nous nous embrassons longuement.

Zaza atterrit à la perfection. Je lui dis: "Bravo", et j’ajoute que je l’aime. Elle évoque de nouveau l’idée d’un départ définitif : ce n’est pas raisonnable. Nous avons tous les deux un bon travail dans les magasins qui bordent l’île, notre appartement est situé près d’un des ponts les plus importants. Il nous permet d’aller voir nos amis sans prendre de taxi, il est à vingt minutes de notre travail. Que deviendrions-nous, une fois partis pour la campagne ?

L’endroit près duquel Zaza a atterri se définit par une suite de plusieurs dunes, avec de petites parcelles de verdure très verte entre chacune. Il fait chaud, il est maintenant neuf heures après midi. J’ai cueilli une fleur que j’ai plantée dans la chevelure de Zaza. Nous nous embrassons une nouvelle fois et nous trouvons juste le temps de planter notre tente face à l’eau avant le coucher de soleil.

La conversation sur notre éventuel exil reprend. Zaza joue nerveusement avec la fleur que j’ai cueillie pour elle. Je n’ai jamais vu Zaza aussi déterminée. Ses arguments sont les suivants : elle a fait des recherches, elle a trouvé une maison qui se situe près d’un canal, dans une ville ni nouvelle ni ancienne. Elle m’explique que notre appartement est trop petit si nous voulons élever des enfants. Elle m’explique enfin que cette ville, qu’elle a trouvée, est délaissée et qu’il est facile d’y avoir du travail. Tout ça m’intéresse, mais que ferions-nous de nos soirées sans nos amis ?

Zaza marmonne, elle jette ma fleur dans le feu que je viens d’allumer pour qu’il s’attise et qu’il éloigne les bêtes éventuelles. Un bruit de brindilles écrasées interrompt notre conversation. Peut-être attiré par la lumière, heureux à l’idée de rencontrer un voyageur — les habitants de notre ville attirent les déclassés — un homme arrive vers nous en titubant. Zaza cesse aussitôt de bouder et me demande, consciente du danger que représente l’arrivée de l’homme, de la convaincre de l’intérêt de continuer à vivre dans mon appartement. Elle dit qu’elle ne l’aime plus : elle dit qu’elle le trouve trop sombre, déjà chargé de souvenirs sans intérêt. Elle m’avoue aussi qu’elle s’ennuie. J’ai peine à la croire, car je la sens troublée depuis l’arrivé de l’homme.

Il a peut-être notre âge, quoique son visage semble fatigué. Son sourire est étrange, comme s’il n’avait pas d'arcades. Il s’assoit près de Zaza et ne demande pas la permission. Tandis qu’il me regarde, son visage prend un air qui me met mal à l’aise.

Il parle bientôt du coucher de soleil, il veut savoir si on l’a apprécié. Il nous demande ensuite si on vient de XXX. Après quoi, il sort de sa poche une fiasque, et il nous la tend. Zaza et moi continuons à faire semblant de ne pas le voir. Elle en profite même pour s’éloigner. Elle a enlevé ses chaussures ; elle relève l’ourlet de sa jupe et trempe ses pieds dans l’océan.

Je refuse de répondre aux questions que vient de poser l’homme. Je me suis tourné vers les dunes et je ne lui propose pas de partager notre repas. Alors que je me demande s’il va rester, je l’entends qui déglutit. Puis il jette sa fiasque dans le feu et il se relève. Il titube vers Zaza et entre dans l’eau. Zaza reste indifférente à ses mouvements. Je ne suis pas très inquiet pour elle. Un ami m’a appris que l’ivresse rendait ce genre de personnes inoffensives.

La nuit est presque tombée, il est dix heures après midi. Je m’approche à mon tour de la rive, je pose la main sur la hanche de Zaza, que je caresse pendant qu’on regarde la silhouette de l’homme découpée par les derniers rayons. Pour plaisanter, je lui dis en chuchotant que cet homme s’exile. Zaza ne sourit pas. Je lui jette un coup d’œil, et je fixe de nouveau l’horizon mais la silhouette de l’homme a disparu. Je patiente quelques secondes sans rien dire. Zaza a rejoint la plage ; plus inquiet je cours près du feu afin de me déshabiller. Un autre ami m’a parlé du chantage au suicide de ces personnes, pour qu’on leur parle, qu’on les nourrisse ou qu’on les ramène à XXX. Pourtant, Zaza m’en empêche, elle dit qu’elle a suivi l’avancée de l’homme. Et elle est convaincue qu’il n’est pas en train de se noyer mais de nous tendre un piège dans l'espoir de voler notre avion.

Zaza est une grande fille parfois inquiète et parfois trop soupçonneuse. Nous étions dans la même classe quand nous avions treize ans : c’était lors d’une heure de sport. Zaza était assise au bord de la piscine, elle avait déjà de la poitrine, et c’était la plus grande fille du collège. Elle disait parfois des choses pour exciter les garçons de la classe. Ce qu’elle m’avait dévoilé ce jour-là de ses habitudes m’avait beaucoup étonné. Pour la même raison, Zaza m’avait aussi fait peur.

Vivant dans la même ville, nous nous sommes souvent recroisés, d’abord à l’université, ou dans des fêtes de fin d’année. J’ai mis dix ans avant d’oser l’aborder. Un soir que je sortais du travail, je l’ai aperçue sur une passerelle et j’ai décidé de la suivre. J’ignorais qu’elle aussi avait déménagé pour XXX. Elle est entrée dans un café. Son regard était triste, j’avais passé une bonne journée. Je l’ai d’abord fait rire, ensuite elle s’est saoulée. Enfin, nous avons fait l’amour.

Zaza vivait déjà avec quelqu’un, mais elle n’aimait plus du tout cet homme. Elle l’a quitté et nous nous sommes installés ensemble.

Je viens de plier mes habits près du feu et je trouve la supposition de Zaza absurde, je n’ai d’ailleurs plus le temps de débattre, l’homme n’est toujours pas revenu. J’essaie vainement de la rassurer. Après, je lâche sa main et je cours parmi les vagues. L’eau est froide ; je n’ai pas nagé depuis longtemps. Derrière moi, alors que je me dirige péniblement vers l’endroit où l’homme a disparu, j’entends Zaza qui me supplie de revenir. Ses exhortations s’estompent peu à peu. Je repense à ce qu’elle a dit à l’arrivée de l’homme, et je me demande en quoi notre vie serait plus divertissante dans la ville dont elle m’a parlé.

J’atteins enfin l’endroit où l’homme a coulé. Je me sens coupable de sa disparition, je prends ma respiration et je plonge. L’endroit est plus profond que je ne le pensais. J’ai les yeux grands ouverts, mes jambes sont dirigées vers le ciel, mon corps traverse des courants plus froids. Je frôle des algues et des poissons. J’aperçois enfin le corps de l’homme.

Je l’agrippe par les aisselles. Puis les deux pieds plantés dans le sable, mes muscles se contractent et je les détends d’une impulsion. Mais l’homme est très lourd et je ne décolle pas. Nous sommes à plus de dix pieds sous la surface. J’essaie une deuxième fois sans plus de succès. J’abandonne et je rejoins l’air libre pour reprendre ma respiration.

Je ne sais pas quoi faire, la lune blanchit la pointe des vagues et met des plaques d’écume en évidence, je nage sur place. Zaza s’est éloignée du bord, le feu éclaire son profil, elle est en train de manger. Je replonge une seconde fois.

Entre-temps, le corps de l’homme s’est détaché du fond. Comme il remonte désormais lentement vers moi, j’attrape son poignet et je nage le mieux que je peux vers la surface. C’est la première fois que je me trouve en position de sauver quelqu’un de la noyade. Le dos de l’homme est collé contre mon torse. Mon bras a de nouveau pris appui sous son aisselle. Sa tête remue entre mon épaule droite et mon épaule gauche. Il a la bouche ouverte. Essoufflé, je ramène son corps inerte vers la plage.

Zaza ne vient pas à notre rencontre. Elle demeure accroupie devant le feu et elle mange un bout de poulet le visage tourné dans notre direction. Je tire le corps de l’homme vers le feu. Il n’a toujours pas rouvert les yeux et je me dis qu’il est mort. Je demande à Zaza de m’aider. Elle se relève lentement. Zaza est une grande fille qui peut être incompréhensible par moment. Je ne cherche pas pour autant à savoir ce qui lui passe par la tête.

Maintenant que l’homme est allongé près du feu et que j’ai tenté de le réanimer sans succès en appuyant, de toutes mes forces, avec les deux paumes sur son sternum, j'oblige Zaza à lui faire du bouche-à-bouche. Je lui apprends qu’il est réellement mort.

C’est la première fois que je vois un cadavre. La scène m’intrigue plus qu’autre chose. Elle me fait prendre conscience de certains de mes défauts. Je me rends compte que Zaza a été taillée dans le même genre de bois que moi. Au demeurant, je n’oublie pas que j’ai refusé de parler à l’homme.

Malgré les recommandations de l’employé et ce qu’ont pu me dire mes amis, la honte l’emporte bientôt sur l’indifférence et je propose à Zaza de rapporter le corps à XXX, afin de le donner à la morgue, pour qu’il se fasse incinérer, de sorte qu’à notre manière, nous nous occupions de ses derniers moments un peu plus dignement. Mais Zaza émet tout de suite des objections.

Le règlement de l’aéroport est très strict : il est interdit de revenir avec quelqu’un de l’extérieur. C’est la raison pour laquelle tous les aéroplanes n’ont que deux places. Il serait possible que l’un de nous reste ici le temps d’un aller-retour, mais ce ne pourrait être que moi, car l’autorisation de sortie a été rédigée en mon nom. Zaza rappelle que nous avons des problèmes d’argent. Elle conclut son propos en disant que nous ne pouvons pas nous permettre de payer une amende ou de faire une croix sur la caution.

Zaza s’est endormie à présent. Je touille les braises du feu avec un bâton. La fiasque est couverte de cendres. Le cadavre de l’homme est étendu à une trentaine de pieds, près d’un arbre et d’un carré de pelouse.

Autour de XXX, dans le but que les gens soient obligés de passer par l’aéroport quand ils sortent, la mairie a fait construire un mur d’environ un yard de hauteur, épais de cinq pieds et de trois pouces environ. Ce mur nous interdit d’imaginer la solution suivante : accrocher avec ce qu’on trouve le cadavre de l’homme à l’aéroplane ; atterrir à la frontière de XXX ; déposer le cadavre dans la morgue et rejoindre l’aéroport pour récupérer notre caution.

Le lendemain, vers sept heures avant midi, nous décidons d’un commun accord de rejeter le cadavre à la mer. Nous ne commentons pas notre geste, nous replions la tente, nous débarrassons les traces de notre présence. Zaza m’ouvre la porte de l’aéroplane et elle décolle rapidement.

Peu avant notre arrivée, elle me présente ses excuses pour la conversation de la veille. Elle me dit que j’ai tout le temps de me décider sur cette histoire d’exil, et qu’elle est prête à faire des compromis pour ne pas me perdre. Enfin, elle m’avoue qu’en dépit des apparences, elle était très inquiète lorsqu’elle m’a vu plonger. Elle dit qu’elle m’a trouvé très courageux, et que ce moment l’a « excité follement ». Je ne suis pas sûr que j’aurais employé les mêmes mots qu’elle pour décrire la situation. Mais je la laisse dire, et je me sens flatté du compliment.
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Nicolas Bouyssi



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MessagePosté le: Jeudi 06 Septembre 2007, 2:00    Sujet du message: Répondre en citant

Something in the air, or The Possibility of an exile

On that day, I’m sitting by the water, a tall girl by my side. I’ve known her for ten years now, we’ve been together for six months and her name’s Zaza. The water by our feet comes from a river thirty yards wide; it flows across the city. On the other side along the riverbank some high-rises made of glass mirror the clouds and the herons in the sky. I’m barefoot, my eyes fixed on the building with the sharpest tip; also the most recent.

Zaza is a tall, very pretty girl; she’s nearly twenty-three. She’s sitting with her elbows touching her thighs and her hair falling down between her arms; she rests her chin in her hands while listening to me. She usually does this, every time she wants to show that she’s paying attention. Zaza can be so thoughtful when she wants to. Because the weather’s hot, she’s wearing a light skirt with a flowery pattern, which accentuates the curves of her body. Zaza’s teeth are regular and white, especially when she smiles. For the time being, Zaza’s looking at me while I speak; and she’s eating a peach.

The city we live in is brand new. It took less than three years for architects to build it. It spreads along both sides of the river, so that employees don’t need to travel too many miles if they want to go sunbathing or for a swim after work. At the centre, on an artificial island just wide enough, an airport was built. The reason for this is simple: promoters noticed that people liked to go away. They also noticed that, in cities built before the invention of aviation, people like us were daunted by traffic jams: they would waste too much time on the road before reaching their terminal; so they preferred to travel by train.

Research and opinion polls were therefore undertaken; new laws were passed; then it was decided that six new cities should be built, all based around the fastest transport systems, sacrificing railway stations, abandoning cycle and foot paths, in short privileging aeroplanes and helicopters.

The idea was to combine the employees’ desire to escape and reliable revenues. But if the new cities had been too pleasant, the problem would have remained unsolved. So our buildings aren’t comfortable places to live: built on narrow foundation slabs, with no local shops, they have motorways devoid of pavement rushing underneath them. Suspension bridges strap one building to the next, enabling the inhabitants to visit each other and to go to work. All the investors’ money was paid to the company in charge of the airport. There are cities you never want to leave. Ours was built so that people would never want to stay. From the air, because of the island, it looks like a fried egg.

Most planes can be rented by the hour or for the day; they’re two-seaters only and they fly to wherever one tells them to. Helicopters are faster but dearer. The best thing is to buy your own vehicle or to have a licence. With a loan repayable in three years, Zaza got her license last year. She proposes we go somewhere for the rest of the day. Zaza insists she needs to talk to me; she finds we’re getting stuck in our ways. She’s got an idea.

On the airport strip, a long line of shops stretches along the length of the island; shops are useful to people who leave on a whim, like us. Zaza takes me to the supermarket where she works: we buy food, we buy a tent, and we pay for our authorisation to leave.

From the riverbank, facing the island, the airport is very impressive. To prevent burglary at night, the council has placed CCTV and barbed wire all around the shops. Unless you have a special authorisation, mainly given to aeroplane owners or people hiring helicopters, it is forbidden to land by night. Me and Zaza leave at 17:00. We already know that we’ll be sleeping by the seaside tonight.

An employee clad in overalls puts my cheque in his pocket and takes us to the runway. On the way, he insists on certain aspects of the regulations. We’re reminded that we are not to speak to strangers. He makes us take an oath.

It’s the beginning of the weekend. Our trip lasts less than two hours. Zaza has chosen the ocean. Since we go away regularly, my rucksack and I have become more or less inseparable. In it I stuff my money, cigarettes, clothes and a couple of books that matter to me.

Zaza can be such a chatterbox sometimes. As we fly over the countryside, she suddenly speaks of moving away, saying she no longer wants to live in the city. I can’t decide whether she’s being serious. We’ve put the automatic pilot on and we kiss for some time.

Zaza’s landing is perfect. I congratulate her then say I love her. Then she speaks of the idea of leaving for good again. But it isn’t reasonable: both of us have good jobs in shops around the island; our flat is located by one of the most important bridges, allowing us to go and see our friends without needing to get a cab; and it’s twenty minutes from work. What would we do, once we’d left for the country?

Zaza’s landing spot is close to a row of sand dunes with patches of green between them. It’s hot and 21:00 now. I have placed a flower in Zaza’s hair. We kiss once again and manage to set up our tent, facing the shore, just before sunset.

We resume our conversation about the possibility of moving away. Zaza’s nervously fiddling with the flower I picked for her. I have never seen Zaza looking so determined. She argues her case: she’s investigated the possibilities and found a house located near a canal in a town that’s neither new nor old. She explains that the town she found, called T., has been abandoned and that it’s easy to find work there. I’m all for it but what would we do in the evening, without our friends?

Zaza is annoyed now. I have made a fire to keep animals away and she throws my flower into it. Our conversation is interrupted by a crackling noise. Drawn to us by the light and perhaps rejoicing at the thought of meeting travellers (our city’s inhabitants attract dropouts), a man is moving towards us drunkenly. Zaza immediately stops sulking and, aware as she is of the danger represented by the man’s arrival, asks me to convince her that there’s still a point in living in my flat. She says she doesn’t like it any more, that she finds it too dark and already full of pointless souvenirs. She also confesses that she’s bored. I can’t quite believe her, because I can feel how nervous the man’s arrival has made her.

He could be about our age, though his face looks tired, with a strange smile, toothless it seems. He sits down next to Zaza without asking. His clothes are ripped in places. When he looks at me, his face takes on a disturbing expression that makes me uneasy.

He’s soon speaking about the sunset; he wants to know if we liked it. He asks us if we come from XXX, speaking loudly and spitting with each word. Then he takes out a straw-sheathed flask from his pocket, and hands it to us. Zaza and I keep up the pretence that we can’t see him. She even takes the opportunity to move away. Having taken off her shoes, she pulls up the hem of her skirt and dips her feet in the ocean.

I refuse to answer the questions the man’s asked. I have turned away towards the dunes and don’t invite him to stay. I can hear him gulping, then he throws his flask into the fire and gets up. He staggers towards Zaza and also goes into the water. Although still fully dressed, he moves on towards the horizon. Zaza remains indifferent to what he does. I’m not very worried about her safety. A friend has told me that, when they’re inebriated, people like him are harmless.

22:00: it’s almost dark. I join Zaza nearer the shore; I put my hand on her hip, stroking it while we watch the man’s silhouette cut out by the last rays of sunshine against the sky. As a joke I whisper to her that the man’s moving away. Zaza doesn’t smile. I glance at her then gaze at the horizon again but the silhouette has disappeared. I wait a few seconds without saying a word. Zaza has gone back to the beach. I’m a bit more concerned now and run towards the fire to take off my clothes. Another friend has told me about people like him: they use emotional blackmail and threaten to commit suicide so that one talks to them, feeds them, and brings them back to XXX. But Zaza prevents me from doing anything. She says she’s observed the man’s movement; she’s convinced that he isn’t drowning at all but setting a trap for us, in order to steal our plane.

Zaza’s a tall girl who can be anxious and over-suspicious. We were in the same class at thirteen. It was during the sports lesson: Zaza was sitting on the edge of the swimming pool, she had breasts already, and she was the tallest girl in college. She used to say things to turn on the boys in the class. What she revealed about her sexuality that day disturbed me quite a bit. And, for that same reason, she had scared me.

Since we lived in the same city, we often crossed paths, first at university, or at end-of-school-year parties. It was ten years before I dared to approach her. One evening after work, I caught sight of her on a footbridge and decided to follow her. I had no idea that she too had moved to XXX. She went into a café; there was a sad look in her eyes. I had had a good day, so first I made her laugh, then she got drunk, finally we had sex. Zaza was living with a man but no longer loved him at all. She left him and we moved in together.

I have just folded my clothes by the fire; I find Zaza’s supposition absurd; besides I no longer have time to debate it, as the man still hasn’t re-emerged. I try to comfort her but in vain. After that I let go of her hand and throw myself into the waves.

The water’s cold. I haven’t swum for a long time. Behind me, while I head towards the place where the man has disappeared, I can hear Zaza begging me to come back. Her exhortations fade out little by little. Again I think about what she said when the man arrived, and wonder how our life could possibly be more entertaining in the town she told me about.

At last I reach the place where the man has sunk. I feel guilty about his disappearance, I take a deep breath and dive in. The place is deeper than I thought; my eyes are wide open; legs towards the sky, my body goes through colder streams; I brush past seaweed and fish; at last I catch sight of the man’s body.

I grab him by his armpits. Then, both feet in the sand, I bend my legs then stretch them back in a jerk. But the man is very heavy and I don’t take off. We’re more than ten feet deep and I try a second time, with the same result. I give up and go back to the surface to catch my breath.

I don’t know what to do. The moon whitens the crest of the waves, outlining patches of foam. I swim on the spot. Zaza has gone back to the fire; her profile is lit; she’s eating. I dive in again.

Meanwhile the man has come unstuck. As he’s now moving upwards slowly towards me, I catch his wrist and swim towards the surface again as best as I can. I have never been in a situation where I could save someone from drowning before. The man’s back is lying against my chest. My arm’s hooked under his armpit, his head nodding right and left between my shoulders. His mouth hangs open. Out of breath, I bring his inert body back onto the beach.

Zaza doesn’t come to meet us. She’s crouching by the fire but she’s eating a piece of chicken with her face turned towards us. I drag the body of the man towards the fire. He still hasn’t reopened his eyes and I tell myself that he is dead. I ask Zaza to help me. She stands up slowly. Zaza is a tall girl who can be hard to understand. Even so, I don’t try to find out what’s going on in her head; I have enough trouble understanding what’s going on in mine.

Now that the man is lying by the fire, and that I have tried to resuscitate him without success by pressing with all my strength on his chest with both palms, making Zaza give him mouth-to-mouth, I tell her that he really is dead.

This is the first time I see a corpse. The scene intrigues me more than anything else. It makes me become aware of some of my shortcomings: my coldness, my indifference. I also realise that Zaza is made of the same stuff as me. At the same time, I remember that I refused to speak to the man. Despite the airport worker’s advice and despite what my friends may have told me, shame takes over indifference and I propose to bring back the body to XXX to give it to the morgue, so that in our way we may take care of his last moments with more dignity. But Zaza objects to this straight away.

The airport regulations are very strict: it’s forbidden to come back with anyone from the exterior. This is why all aeroplanes have only two seats. It would be possible for one of us to stay here waiting for the other to return quickly; but this would have to be me and the authorisation to leave is written in my name. Zaza reminds me we are short of money; we can’t afford to pay a fine or lose our deposit.

Zaza’s asleep now. I stir the fire’s embers with a stick. The flask is covered with ash. The body of the man is lying thirty feet away, close to a tree by a stretch of lawn.

Around XXX, so that people have to use the airport when they go away, a wall about one yard high and roughly five feet and three inches thick has been built by the council. This wall forbids us to imagine the following solution: we tie the body of the man to the aeroplane with whatever we find, we land on the border of XXX, take the body into a morgue, then fly to the airport and get our deposit back.

The next morning, at about 7:30, we agree to throw the body back into the sea. We don’t comment on our gesture, we fold back the tent and dispose of any trace of our presence. Zaza opens the door of the aeroplane for me and takes off quickly.

Shortly before we arrive, she apologises about her conversation of the previous day. She says that there’s no rush for me to make up my mind about moving away, and that she’s prepared to compromise so as not to lose me. Finally, she confesses that despite what it seemed, she was very worried when she saw me dive; she says she found me very brave, that this moment “turned her on like mad”. I’m not too sure I would have described the situation with the same words but I don’t contradict her, feeling flattered.
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