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Comparaison de cités radieuses en flammes

 
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Salvador Juan



Inscrit le: 28 Aoû 2006
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MessagePosté le: Dimanche 29 Octobre 2006, 8:36    Sujet du message: Comparaison de cités radieuses en flammes Répondre en citant

Je propose un « jeu » comparatif sur le modèle et avec le même support (Google Maps) que celui proposé par Elie During (rubrique « Qu’est-ce qu’une rue », Exercices de texturologie urbaine comparée). Il s’agit de mettre en relation la « texture » urbaine des quartiers concernés par les autobus brûlés ces derniers temps et par les voitures brûlées l’an dernier. Regarder par exemple Trappes (78 sud), Marseille nord, Aulnay-sous-Bois (93), Mantes-la-Jolie (78 ouest) et Grigny (91). On peut, bien sûr, étendre à l’ensemble des quartiers où ont eu lieu les événements de l’an dernier. Peut-on oublier cette texture commune et l’histoire de la production de ces espaces ?
Le Corbusier (« Urbanisme », 1925) voulait, on peut le rappeler, « abolir la rue », ce « corridor » plus proche, à ses yeux, du « chemin des ânes » que du chemin des hommes, pour construire sa « cité radieuse ». Dans tous ces quartiers d’urbanisme fonctionnaliste, les rues ont été abolies et sa théorie a été appliquée.
SJ
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Nicolas Bouyssi



Inscrit le: 18 Mai 2006
Messages: 61

MessagePosté le: Dimanche 29 Octobre 2006, 20:10    Sujet du message: Effet de langage Répondre en citant

BANLIEUE : nom féminin (1185) est composé de ban et de lieue sur le modèle du latin médiéval bannileuga, attesté à Toul puis en territoire français (1080), encore fréquent aux XIe-XIIIe siècles sous les formes bannileuca, banleuca, banleugium ; de la même façon le moyen haut allemand a banmile, de ban et mile (allemand Meile) "lieue", mais il est difficile d’établir si l’allemand a servi de modèle au français ou inversement. C’est un terme de féodalité désignant l’espace, d’environ une lieue, autour d’une ville, dans lequel l’autorité faisait proclamer des bans et avait juridiction. Le passage au sens actuel de « territoire et ensemble des localités environnant une grande ville » s’est fait, par extension, aux XVIIe et XVIIIe siècles ; il a évolué avec le paysage urbain, de la campagne environnante (1718) à l’ensemble des agglomérations ; l’emploi absolu, en France, concerne souvent la banlieue parisienne (habiter en, dans la banlieue). L’emploi figuré du mot, repéré chez La Fontaine avec une valeur ironique (1710), est peu répandu. De banlieue est dérivé BANLIEUSARD, ARDE nom, d’abord qualification péjorative lancée (1889) par des conseillers de Paris aux élus des communes subalternes (Les Premiers banlieusards, par A. Faure, 1991), surtout dit de quelqu’un qui habite la banlieue de Paris, employé aussi comme adjectif.
BAN : nom masculin est emprunté (vers 1130) au francique °ban « loi dont la non-observance entraîne une peine », restitué par l’ancien haut allemand ban « commandement sous menace de peine, défense, juridiction » et par l’ancien norrois ban « défense ». °Ban se rattache au verbe germanique °bannan « commander ou défendre sous menace de peine », qui lui-même appartient à la racine indoeuropéenne °bha- « parler » (représentée en grec et en latin, ? aphasie, fable), par l’intermédiaire d’une forme de présent °bh-en-. L’origine francique est corroborée par le fait que le mot apparaît d’abord dans le domaine gallo-roman (ancien français et provencial) d’où il passe en ancien italien (banno, XIIIe siècle) et en ancien espagnol (bando, 1300). Le francique ban est attesté sous la forme bannus ou bannum en latin médiéval, depuis le Vie siècle, pour « amende infligée à cause d’un délit contre le pouvoir public », et posterieurement, aux divers sens relevés en français : il désigne la convocation lancée par le suzerain pour servir à la guerre (vers 775), la proclamation du suzerain pour ordonner ou défendre une chose (VIIe siècle), par métonymie le territoire soumis à la juridiction du suzerain (983). (…)
Par spécialisation, l’idée dominante étant celle d’exclusion par décision d’une autorité, ban a pris après le Moyen Age le sens d’« exil » (1547) (cf. bannir). Cette acception s’applique à l’ancienne juridiction féodale, mais se perpétue jusqu’au XIXe siècle en droit pénal pour « interdiction de séjour ». Cette longévité explique probablement la vitalité de l’expression mettre au ban (1694), au figuré « déclarer indigne » (1932), et celle de rupture de ban (1780, rupture de mon ban) « crime commis par celui qui rentre dans le territoire avant expiration de la peine », qui a pris un sens figuré : « affranchi des contraintes de son état » (1868, en rupture de ban)


Dictionnaire historique de la langue française, p. 173.
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alain bublex



Inscrit le: 18 Mai 2006
Messages: 9

MessagePosté le: Vendredi 17 Novembre 2006, 11:44    Sujet du message: Répondre en citant

Oui, bien évidemment, nous pourrions établir un comparatif des vues aériennes des différentes localités touchées par les émeutes de l’automne dernier… ensuite nous pourrions faire de même avec d’autres émeutes, d’autres localités et d’autres temps ; histoire de ne pas laisser notre mémoire se limiter aux 12 derniers mois (ni même aux 50 dernières années).

Des photographies aériennes de villes d’Amérique du nord, d’Amérique latine, d’agglomérations africaines, de campagne du sud de l’Italie, d’exploitations minières isolées en haute montagne, ou encore de centres villes d’Europe, il n’y a pas si longtemps, enfin, de tous ces lieux où, pour diverses raisons, des maisons ont été éventrées et des objets brûlés.

Je crois que nous constaterions rapidement que Le Corbusier et l’architecture fonctionnaliste dans son ensemble n’est pour rien dans l’expression violente des conflits sociaux, des colères, de la frustration ou du sentiment d'injustice de groupe ou d'individus, que les émeutes et les violences (souvent semblables dans leur forme) ne dépendent d’aucune typologie de territoire.

vouloir instruire de la sorte un procès de la période moderne me semble au choix naïf ou malhonnête !
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Salvador Juan



Inscrit le: 28 Aoû 2006
Messages: 8

MessagePosté le: Dimanche 03 Décembre 2006, 9:07    Sujet du message: Lucidité et honnêteté intellectuelle Répondre en citant

L’urbanisme fonctionnaliste n’est qu’une entrée en matière. Les contestations à base d’émeutes ou de violences d’origine sociale sont multifactorielles, bien sûr. Or on ne parle pas, ici, de Spartacus contre les Romains ou de destructions de machines dans des usines au 19e siècle.
Il s’agit d’événements concernant une catégorie particulière de la population et se déroulant dans les quartiers souvent périphériques d’habitat populaire les plus socio-culturellement ségrégés. Il faut, bien entendu, se garder du déterminisme architectural : même si les quartiers verticaux de blocs sont moins vivants et agréables à vivre que les rues des vieux centres (l’absence de commerces et d’aménités rend la cité déserte aux heures creuses et la nuit), les violentes émeutes urbaines répétées à Los Angeles concernent des individus, très comparables socialement aux jeunes Français en question, mais habitant tous des maisons individuelles avec jardinet…
Cela dit, les violences sont qualifiées (par la presse) d’urbaines par une métonymie non totalement dénuée d’intérêt explicatif. Les « violences urbaines » de Los Angeles concernent le même urbanisme fonctionnaliste (horizontal à Los Angeles) doublé de ségrégation sociale qu’en France où la « violence » apparaît dans les quartiers populaires verticaux appartenant au même modèle dont Le Corbusier a été, qu’on le veuille ou non, l’un des principaux théoriciens. La « machine disciplinaire » (selon ses propres termes) qu’il voulait faire de la ville a viré à l’effet pervers total.
Si la classe populaire d’aujourd’hui n’a pas l’homogénéité, globalement, qu’avait la classe ouvrière jusqu’au milieu du 20e siècle, la situation assez comparable de ces jeunes issus de l’immigration (même origine ouvrière parentale, origines culturelles voire de langue similaires, cadre de vie à base d’urbanisme fonctionnaliste vertical largement identique, perspectives d’insertion professionnelle également modestes, etc.) peut conduire à la conscience d’une identité sociale fortement homogène tenant de la conscience de classe et susceptible d’engendrer des mouvements contestataires organisés ; en 1981 (après les centaines de voitures brûlées de l’époque et les « rodéos » comme on les nommait alors), cela s’était produit et avait conduit à une grande « marche » à travers la France. Les conflits sont le signe de la vitalité démocratique puisque seules les dictatures ne les autorisent pas et qu’ils ne peuvent être refoulés que par le despotisme (selon le sociologue Raymond Aron qui écrivait cela du temps où il dirigeait Le Figaro)…
La naïveté consiste à croire – encore – qu’il existe une modernité assimilée au progrès. Non seulement l’idée de modernité est perpétuellement et structurellement condamnée à s’auto-invalider comme telle mais le « concept » n’explique objectivement plus rien, encore moins en matière d’art, l’art « moderne » s’étant largement inspiré des peintures rupestres du paléolithique et des stylisations africaines. La naïveté et la foi toute religieuse en un couple modernité-progrès consistent aussi à penser que la critique de l’urbanisme fonctionnaliste ou technocratique est rétrograde. La naïveté, c’est confondre la flèche du temps et l’amélioration de la condition humaine, croire que l’avenir est toujours radieux, comme la « Cité radieuse » de Le Corbusier qui ressemble à s’y méprendre à un cimetière.
Le véritable enjeu, le défi de la ville et du temps présent, est de penser une densification urbaine faisant diminuer le zonage ségrégatif (voir la rubrique « Espace social » dans le forum).
Quand à la malhonnêteté (intellectuelle), elle est dans le mélange des dimensions de l’argumentation et dans l’amalgame. Une corrélation n’est évidemment pas une causalité (c’est ce que l’on apprend aux étudiants en méthodologie de la recherche dès la deuxième année de la fac) mais ne pas constater l’omniprésence des deux points communs, urbanistique et social, dans les quartiers en question, c’est s’aveugler. Il est vrai que la foi aveugle souvent.
SJ
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Nicolas Bouyssi



Inscrit le: 18 Mai 2006
Messages: 61

MessagePosté le: Dimanche 03 Décembre 2006, 18:58    Sujet du message: corrélation Répondre en citant

Partons du principe que l’abolition de la rue est une corrélation plutôt qu’une cause des dernières explosions de violence dans les portions du monde où une partie de la population est logée dans des habitations horizontales et verticales de type fonctionnaliste. Une fois évacué le déterminisme, reste, il me semble, à expliquer pourquoi l’abolition de la rue est susceptible de favoriser quoi que ce soit, bref d’agir. Qu’on la remplace, comme Haussmann, par le boulevard, ou, dans la deuxième partie du XXe siècle, par la dalle, son abolition a toujours eu pour principal objectif de rendre impossible, sinon la violence, du moins sa possible organisation (dans cette perspective, cf. les idées à l’œuvre dans l’édification, après 68, de la faculté de Tolbiac). Resterait aussi à expliquer pourquoi certains des habitants de ce type de lieux, non seulement ne se plaignent pas d’y vivre, mais refusent d’en partir, comme dans le quartier Malakoff, à Nantes, où de grands projets urbains ont eu pour tenants de déloger les gens contre leur gré, et auront pour aboutissants de les remplacer par des locataires plus aisés.

Il ne s’agirait donc pas tant de foi que de son contraire, à savoir la suspicion : si la violence urbaine n’a jamais eu besoin des fonctionnalistes pour s’exprimer, peut-être aurait-elle, en revanche, besoin de la rue pour mieux se dire, et d’un autre type d’écoute (moins concentrée sur les voitures qui brûlent) pour se faire comprendre. Pour ma part, aucune foi démesurée dans l’avenir, là-dedans.
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